Coup de chapeau à Thierry Renaut !

Vous ne connaissez pas Thierry Renaut ? Cet habitant du Havre ancien SDF, marqué par des accidents de la vie a été pendant ces derniers 18 mois membre du groupe de travail du Haut Conseil du Travail Social que j’ai animé. Il nous a apporté le point de vue des personnes aidées et accompagnées. Il est bien placé pour le faire lui qui a été en CHRS après avoir été à la rue. Il faut que je vous raconte en quelques lignes son histoire. Je m’appuie pour cela sur un article qu’il a rédigé pour la revue française de service social (numéro 270).

« Vite,  Vite il faut évacuer ! il y a un risque de retour de flammes »

C’est par ces mots que la vie de Thierry a basculé. Son appartement était en flammes. Il s’est retrouvé à 2 heures du matin dans la rue, en caleçon et tee-shirt et a tout perdu. C’est à ce moment là qu’il situe sa descentes aux enfers de la précarité. Cela va très vite quand on chute et au final cela se termine invariablement soit au cimetière, soit à l’hôpital. Pour Thierry ce fut fort heureusement l’hôpital. Après plusieurs mois d’hospitalisation il a atterri dans une Centre d’Hébergement d’Urgence et de Réinsertion Sociale (CHRS). ( Ce type d’établissement  a vu en 2018 ses dotations budgétaires en forte baisse au grand dam des associations gestionnaires qui ont dû se plier à des prix de journées plafonnés. )

Thierry est resté de longs jours cloîtré dans son silence et dans sa chambre, ne comprenant pas trop ce qui lui arrivait. Mais voilà, dit-il « j’ai rencontré un éducateur, un super chef de service qui « m’a expliqué que la vie était belle à l’extérieur ». Pour lui cet homme là devrait avoir le prix Nobel du travail social, s’il en existait un, tant celui-ci lui a permis de renaître et de s’ouvrir à la société.

Rencontre avec des « experts du vécu »

C’est à ce moment la que Thierry a débuté un parcours d’engagement. Il a rencontré des « experts du vécu » en Belgique. Ce sont des professionnels qui ont connu par le passé des galères et qui savent de quoi ils parlent lorsqu’ils s’adressent à d’autres exclus de la société. « Les experts du vécu travaillant sur le terrain tentent de fixer des priorités, de dire aux gens par quel problème commencer, pour que tout s’enchaîne correctement par la suite ». Ils bénéficient de formations pour éviter que leur propre histoire de vie n’interfère pas trop sur celle des personnes qu’ils conseillent. Ils travaillent main dans la main avec les travailleurs sociaux. Mais c’est en Belgique tout cela. En France on n’en n’est pas là même si l’idée fait son chemin avec les pair-aidants.

Comme le précise Thierry Renaut, certains « oubliés de la rue » ne peuvent pas entendre ce que leur dit un assistant social ou un éducateur. Il leur faut du temps car ils sont méfiants. Par contre, ils écouteront d’une manière différente un professionnel qui a connu les mêmes conditions de vie qu’eux. Celui qui a connu la rue est légitime à leurs yeux. Cette porte d’entrée pour aller ensuite vers un travailleur social est importante et permet d’aider à renouer des liens très abîmés.

Un engagement au sein du Conseil National des Personnes Accueillies et/ou Accompagnées (CNPA)

C’est une instance qui, avec ses comités régionaux, « redonne espoir aux personnes précaires ». Thierry a investi ce lieu de parole et d’échange. Conséquence, il a progressivement repris confiance en lui. « Ce n’est pas parce que nous sommes des personnes défavorisées que nous devons être mis à l’écart de la société » dit-il. « j’ai rencontré des travailleurs sociaux, des assistantes sociales et des éducateurs qui ne s’étaient pas vraiment rendu compte que les personnes accueillies avaient beaucoup changé ». J’en ai été surpris dit-il. « Le clochard avec sa bouteille de rouge a disparu. Un nouveau public est apparu constitué de personnes qui parfois ont un bac +5 » La descente peut arriver très vite dit-il. « Il est très important de donner la parole aux oubliés de la rue ». Vous verrez qu’ils ont des choses à vous dire.

« Mais j’ai aussi des potes qui sont arrivés dans un nouveau monde où on décide pour eux, car maintenant notre destin est voué à la réponse d’un logiciel qu’il faut remplir et, parfois, auquel il faut sans cesse répéter la même histoire, celle qu’on a envie d’oublier ». « Avant nous pouvions discuter de nos problèmes, nous faire comprendre ».

« Maintenant c’est un logiciel qu’il faut séduire » !

 « Et si on ne rentre pas dans les cases nous sommes rejetés ». Pour Thierry, la machine est en train de remplacer la relation humaine. C’est grave à ses yeux et à ceux de nombreuses personnes aidées. « C’est pourtant un humain qui a créé le logiciel, qui a programmé les réponses et construit l’algorithme qui rend un avis, cet humain là ,je le plains » dit-il. « Il est caché dans un bureau à l’abri des regards de tous avec sa propre compréhension des autres. Au final, je plains sa famille » écrit-il. « La précarité n’est pas une maladie mais la conséquence d’un accident de la vie » et nul n’est à l’abri. Conclut-il.

Comprenez pourquoi le point de vue de Thierry Renaut a été si utile lors de nos réunions  au sein du groupe de travail du HCTS sur les effets des outils numériques dans le travail social. Il n’y a pas que lui bien sûr qui a apporté sa contribution. ( ATD Quart Monde, les collègues des services départementaux étaient eux aussi bien représentés…) Nous y reviendrons avec la publication des fiches techniques que le groupe a rédigé et qui seront prochainement en ligne. (j’attends qu’elle soient sur le site du ministère pour vous les présenter et les diffuser ici sur ce blog)

En tout cas un grand merci à Thierry.

Son engagement méritait d’être salué comme il se doit. C’était, vous l’avez compris, le but de cet article. Mieux vous faire connaitre ceux qui, comme ce rebelle, agissent dans l’ombre pour que la société reste solidaire, et soit  le plus humaine possible. Et il faut bien l’avouer, il y a de quoi être inquiet quand on lit certaines réactions sur les réseaux sociaux…

pour conclure, un petit selfie avec Thierry !

Selfie avec Thierry

 

Photo : Thierry Renaut ancien oublé de la rue (admirateur de Guevara)

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