Didier Dubasque
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Congé de naissance : Comment une promesse gouvernementale cache en réalité une régression sociale.

Le « congé de naissance » annoncé par le président Emmanuel Macron, présenté comme une mesure phare pour contrer la baisse de la natalité en France, promet une meilleure rémunération et la possibilité pour les deux parents d’être présents auprès de leur enfant pendant six mois. Cependant, cette annonce masque une réalité bien moins reluisante : la suppression du congé parental actuel. Celui-ci offrait jusqu’à trois ans de droits aux parents, majoritairement utilisés par les mères, pour s’occuper de leur enfant. La nouvelle mesure, en intégrant le congé maternité et paternité existant, réduit de fait la durée effective du congé dédié à l’enfant, passant sous silence la perte d’un droit fondamental : celui de pouvoir suspendre ou réduire son activité professionnelle pour élever son enfant, avec la garantie de retrouver son poste.

La réforme du congé parental  visant à être remplacer par un nouveau « congé de naissance », marque une rupture significative avec le système précédent, tant dans sa structure que dans ses implications pour les familles. Certes, l’ancien système n’était pas parfait, mais le nouveau proposé va surtout permettre à l’exécutif de faire de substantielles économies.

Cherchez l’erreur.

L’ancien dispositif permettait à un parent, après la période de congé maternité ou paternité, de suspendre ou de réduire son activité professionnelle jusqu’aux trois ans de l’enfant. L’aide financière était modeste mais significative, la prestation partagée d’éducation de l’enfant (Prepare), s’élevant à environ 429 euros par mois. Ce système, bien que critiqué pour son faible niveau de rémunération, offrait une flexibilité précieuse aux familles, permettant notamment aux mères, qui en étaient les principales bénéficiaires, de rester auprès de leur enfant durant ses premières années, avec la garantie de retrouver leur emploi.

En contraste, le nouveau « congé de naissance » promet une meilleure rémunération et une durée de six mois pouvant être partagée entre les deux parents. Cependant, cette apparente avancée cache une réalité bien moins favorable aux familles : la durée totale du congé, en incluant le congé maternité et paternité existant, ne s’étend pas au-delà de six mois, réduisant drastiquement le temps consacré à l’enfant comparé aux trois ans possibles précédemment. De plus, cette mesure supprime la possibilité pour les parents de bénéficier d’un congé longue durée avec la sécurité de retrouver leur poste, remplaçant cette garantie par une période plus courte et potentiellement insuffisante pour répondre aux besoins de l’enfant et des parents.

En résumé,

  • Le congé parental actuel permet à un parent, après son congé maternité ou paternité, de suspendre ou réduire son activité professionnelle jusqu’aux trois ans de l’enfant. Ceci avec une aide financière modeste mais garantissant le retour à son poste.
  • Le nouveau « congé de naissance » promet une meilleure rémunération pour six mois, mais inclut le congé maternité et paternité, réduisant effectivement la durée du congé parental et supprimant la garantie de retrouver son emploi.

 

Cette réforme provoque une perte substantielle de droit. Elle réduit drastiquement le temps disponible pour s’occuper de son enfant tout en garantissant un retour à l’emploi après une ou plusieurs années. Elle ressemble fortement à une mesure d’économie déguisée, favorisant les intérêts des entreprises au détriment des droits des parents, et particulièrement des mères.

Au final, cette réforme risque d’aggraver les difficultés pour les femmes (ou leurs conjoints) en les forçant à reprendre le travail plus tôt, sans solution de garde adéquate. Contrairement à l’objectif affiché, elle pourrait aussi décourager la procréation, en augmentant l’incertitude quant à la capacité des parents à s’occuper de leur enfant au-delà de six mois. En effet la question de l’accès aux modes de garde est loin d’être résolue. Elle laissera de nombreuses familles sans solutions viables, notamment les plus modestes.

Peu de journaux ont décelé le problème

Le discours gouvernemental autour de cette mesure a été largement repris par les médias sans un véritable travail critique, occultant les impacts négatifs et la réduction des droits qu’elle implique. Avec un argumentaire particulièrement bien documenté, Élodie Safaris, dans son article pour Arrêt sur Images, nous montre comment une majorité de journaux ont été carrément « embobinés » par la communication gouvernementale.

La journaliste ne manque pas de pointer du doigt la complaisance de nombreux médias dans leur couverture de l’annonce. Elle dénonce le manque d’analyse critique. Elle montre aussi l’acceptation de nombreux de ses collègues qui ne remettent pas en question des éléments de langage gouvernementaux. Cette critique des médias s’étend à une dénonciation plus large de la réduction du débat public à des communiqués de presse officiels, laissant peu de place à l’analyse indépendante permettant d’éclairer les lecteurs.

Elle donne toutefois un satisfecit pour une radio de service public : en effet France Bleu, qui excelle aussi en maths, pointe la supercherie écrit-elle : Ce congé naissance pourra être de seulement deux mois pour les femmes, après leur congé maternité.

L’article de France Bleu ajoute : « Cette durée de six mois englobe la période de congé maternité (16 semaines, soit quatre mois) et de congé paternité (28 jours), a précisé Aurore Bergé sur Sud Radio . « Quand vous cumulez congé paternité ou maternité, que vous ajoutez ce congé qui sera créé cela fait à peu près six mois par parent qui pourront être pris », a-t-elle dit. Ce qui signifie que si ces durées sont confirmées, ce congé naissance pourra être de seulement deux mois pour les femmes, après leur congé maternité. »

 

Il aurait été plus utile de garder les deux systèmes au choix. Mais cela aurait ajouté de la complexité au dispositif qui concerne quand même des centaines de milliers de familles.

Ceci dit, cette réforme traduit donc un changement profond dans l’approche du congé parental, passant d’un modèle favorisant l’accompagnement de l’enfant sur une période étendue à un modèle privilégiant un retour rapide au travail. Si la meilleure rémunération du nouveau congé peut sembler attractive, elle ne compense pas la perte de flexibilité et de temps passé avec l’enfant, ni les conséquences potentielles sur le marché du travail pour les parents, en particulier les mères. En somme, le passage de l’ancien au nouveau système représente une régression déguisée en progrès, sacrifiant les droits parentaux et l’intérêt de l’enfant sur l’autel de considérations économiques et d’une vision réductrice de la parentalité.

 


Ajout suite à vos différentes réactions (merci à vous).

Quelques précisions sur la prestation PreParE (Source CAF)

Les montants du 1er avril 2023 au 31 mars 2024 dépendent de la réduction de votre temps de travail :

  • 428,71 € par mois en cas d’arrêt total d’activité ;
  • 277,14 € par mois pour une activité égale ou inférieure à 50%,
  • 159,87 € par mois pour une activité supérieure à 50% et pouvant aller jusqu’à 80 % inclus.

À savoir : vous pouvez partager votre droit à la PreParE avec votre conjoint. Si vous choisissez le même mois, vous percevrez au maximum 428,71 € par mois.

Pendant combien de temps pouvez-vous en bénéficier ?

Pour votre 1er enfant : 

  • vous vivez en couple : chacun des parents peut en bénéficier pendant 6 mois maximum jusqu’au mois précédent le 1er anniversaire de votre enfant ;
  • vous vivez seul : vous pouvez en bénéficier jusqu’au mois précédant le 1er anniversaire de votre enfant dès le mois de cessation de votre activité ;
  • vous adoptez : chaque parent peut en bénéficier pendant les 12 premiers mois de présence de l’enfant dans votre .

 

À partir de votre 2ème enfant :  

  • vous vivez en couple : chacun d’entre vous peut en bénéficier pendant 24 mois maximum* jusqu’au mois précédent le 3ème anniversaire de votre dernier né ;
  • vous vivez seul : vous pouvez en bénéficier jusqu’au mois précédant le 3ème anniversaire de votre enfant dès le mois de cessation de votre activité quand celle-ci a lieu le 1er jour du mois. À partir du 2ème jour du mois, votre droit s’ouvre le mois suivant ;
  • vous adoptez votre enfant : chaque parent peut en bénéficier pendant les 12 premiers mois maximum** de présence de l’enfant dans votre foyer. Cette durée peut être prolongée jusqu’aux mois précédant les 3 ans de l’enfant.

 

 


Note : ajout de l’extrait de l’article de France Bleu le 14 février à 10h25

 

photo : undefined  Craig Adderle  pexels

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26 réponses

  1. Une honte que de ne pas laisser la possibilité de choisir entre les 2 (congé parental actuel et nouveau congé de naissance) et d’obliger les parents à reprendre le travail au bout de 6 mois. Ce temps avec nos petits est tellement précieux, ils veulent nous enlever ces moments privilégiés sous prétexte que la réinsertion des femmes au bout de 3 ans est compliqué (et d’autres raisons toutes aussi absurdes). Laissez-nous en décider par nous-même !
    Par contre, ce nouveau congé de naissance est très bien pour les parents qui ne peuvent pas se permettre de prendre un congé parental.

  2. Precision : actuellement on peut prendre jusqu’à 3 ans certes mais avec seulement 6 mois faiblement indemnités le reste du temps on ne touche rien mais on a le choix là clairement on ne l’aura plus

  3. Je n’arrive pas à croire qu’on puisse pondre des choses aussi absurdes. Ce nouveau dispositif va mettre tellement de parents dans l’angoisse : trouver un mode de garde c’est déjà galère alors si en plus tous les parents doivent en trouver un au bout de 6 mois c’est absurde de croire que ça va marcher. On parle de santé mentale à tout va et le gouvernement réussit à nous sortir cette folie… ils veulent détruire notre santé au profit de l’économie du pays.

  4. Merci pour cet article qui dénonce enfin cette supercherie…
    Je me permets quand même de préciser qu’actuellement sur les 3 ans de congé parental, seulement 6 mois/parent sont indemnisés (400€ et quelques). L’article pourrait faire croire que l’indemnité dure 3 ans…

    Je ne comprends pas comment ils veulent encourager les naissances en empêchant les mères d’être auprès de leur bébé…
    Ma fille a 17 mois, j’irai jusqu’au bout du congé. Sans cela j’aurais démissionné, tout simplement. Alors s’ils espèrent que les mamans retournent plus vite au travail ils se fourrent le doigt dans l’œil…

    1. Bonjour, en effet c’est 6 mois rémunéré pour un premier enfant mais quand vous en avez deux ou plus c’est 3 ans

  5. Je suis maman d’une fille de 18 mois, j’attends un heureux événement.
    J’ai pris la décision avec le soutien de mon compagnon de m’arrête pour pouvoir m’occuper de ma fille. Travaillant également en crèche, il était impensable pour moi de laisser ma fille à 6 mois pour aller m’occuper d’autres enfants.
    Puis les moments passés ensemble, être présent à chaque instant, assister à toutes ces premières fois, c’est juste magnifique. Certes, nous avons une perte de revenu, mais après avoir fait les calculs, c’était beaucoup plus avantageux pour nous.
    Puis j’avais cette garantie de pouvoir retrouver mon poste.
    Aujourd’hui avec cette réforme, rien ne garantie mon poste.
    Nous devons nous faire entendre, une manifestation de toutes les mamans, je vous garantis que cela ne passera pas inaperçu !

  6. J’ai eu des jumelles, et j’étais bien heureuse de les garder jusqu’à leur entrée à l’école car il est impossible de trouver deux places en crèche. Les assistantes maternelles m’auraient coûter plus cher que ce que j’aurais gagné en travaillant. De plus la crèche la plus proche est à l’opposé de mon travail, du coup détour de 30 minutes matin et soir…
    Malheureusement les lois sont faites par des personnes qui n’ont pas d’enfants ou avec des revenus élevés et donc ne peuvent pas comprendre nos problématiques .

  7. Je suis actuellement enceinte et franchement quelle bonheur de pouvoir profiter de ma petite 3 ème pendant 2 ans encore une fois! Et si j’avais pu être sous l’ancien congé parental de 3 ans je l aurai fait sans hésiter ! Je préfère perdre de l’argent mais profiter de mes enfants. Cette réforme est une honte! Une grosse arnaque pour les futurs parents !

  8. Je suis actuellement en congé parental et heureuse que j ai droit au 2 ans car je travaille en usine en 3×8 je ne me vois pas reprendre le travail au bout de 6 mois en faisant une semaine sur 3 la nuit ???? et le jour n occupé du bébé. Mais où va t on ? Nous avons des droits on nous augmente le coup de la vie et on veut maintenant nous enlever le droit de s occupé de nos bébés jusqu’à leurs 2 ans ? Faudrait que les mamans puisse choisir ceux qu’elle souhaite lors de leurs congés soit l ancien ou le nouveau ! Et non pas nous l imposée.

  9. Merci cet nouvel réforme sais du grand n’importe quoi!!! a époque j’ai pu profiter de mes 2 enfant pendant 2x3ans pas à me soucier de trouver une nounou ou une crèche (qui va payer)et un plaisir à les avoir élever jusqu’à qui rentre à ecole .Il son carrément à côté de leur plaque il y aura beaucoup moin de naissance.

  10. Franchement, où est la protection de l’enfance ? Les bébés négligés à cause du travail des parents. L’école maternelle à 2 ans. Le non respect du rythme du sommeil des bébés. Le stress permanent des parents avec les conséquences connues. Certains Parents absents à cause du travail les jours fériés et les week-ends. L’État est aussi responsable de l’échec de certains jeunes au même titre que
    les parents. On devrait limiter le travail des parents de jeunes enfants afin de favoriser une éducation optimale pour
    un avenir meilleur. Au final cette nouvelle lois est une politique contre la natalité. Le déclin social aggravé s’annonce.

  11. Et ceux qui sero’t déjà en congé parental cette année comment ils vont faire l année prochaine il vont perde ou va t’on laisser pour ceux qui auront deja entamer le congé parental de 3ans?

    1. Je suis maman de 3 enfants et j assume complètement même si les fin de mois sont très compliqué. Si j avais voulu reprendre mon travail au 6 mois je l aurai déjà fait mais je préfère privilégier l éducation de mes enfants.

    2. Quand on assume comme vous dites, on peut actuellement faire le choix d’élever ses enfants et de les éduquer au lieu de demander à une nourrisse de le faire à sa place ! « Ces gens-là » comme vous dites, ont le droit de toucher l’aide car ce sont des personnes qui travaillent et donc cotisent le reste de leur vie, avant et après la naissance de leurs enfants. Les râleurs ça suffit deux minutes !

  12. Ces gens là sont complètement à côté de la plaque… On ne vit absolument pas dans le même monde, il y a celui des prolos (le bas peuple) et eux qui se reproduisent entre eux sans jamais se mélanger avec la plèbe et qui n’ont aucune connaissance sur ce qu’est une vie avec des fins de mois compliqués, l’inflation, des modes de garde hasardeux et j’en passe… De tous les présidents que l’on a eu Macron et ses valets sont les plus manipulateurs, condescendants et incompétents. Des têtes sont tombées pour moins que ça à une époque et quand on se prend pour le roi il faut pouvoir porter la couronne sans qu’elle ne tombe…et qui sait un jour la tête viendra peut être avec. Encore merci pour cette démonstration d’irrespect envers nous les gens modestes.

  13. merci pour cet article qui remet les pendules à l’heure. Le nouveau congé parental de 2015 qui limitait le temps maximal à 2 ans pour un des parents était déjà une supercherie (mode de garde quasi inexistant, pères qui ne peuvent pas économiquement le prendre….) Et que dire du congé maternité inclus, pourquoi???? Pour l’égalité ? Mais qui le porte l’enfant?

  14. C’est bien ce que je pensais avoir compris mais effectivement les médias restaient flous alors j’avais un doute… Donc cela veut dire que ça devient très compliqué de donner le sein au delà de 6 mois, obligées de passer par le tire lait pour les plus motiveés… Perso pour mes deux enfants j’étais incapable de reprendre au bout de 6 mois à cause de la fatigue. Pour que ce congé de naissance soit un progrès il aurait fallu avoir le choix entre ce système et l’ancien qui m’a parfaitement convenu.

  15. Les femmes seront elles obligés de démissionner manque de place chez les ass mat et dans les crèches. Un an d attente dans ma ville….

  16. Merci 1000 fois, c’est exactement ce que je pensais, c’est pour que le gouvernement fasse des économies, il s’y retrouve largement par rapport à l’ancien congé parental. Et je ne le lisais nulle part ! Les journaleux sont vraiment à la botte du gouvernement ou déconnecté je ne sais pas.

  17. Congé parental réduit, obligation vaccinale de 11 vaccins chez les bébés et interdiction d’école à la maison (nous sommes les seuls au monde pour ces 2  »pénalités » et école à 2 ans, le gouvernement voudrait détruire la cellule familiale, il ne s’y prendrait pas mieux

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