Comment vivre un confinement raisonné sans addiction aux écrans ?

Le Pr Nicolas Franck, psychiatre à Lyon  mène actuellement une étude sur  l’impact du confinement sur la santé mentale des Français. Son équipe a réalisé un questionnaire en ligne que vous pouvez remplir ici de façon anonyme. Pour lui le confinement peut laisser des séquelles psychologiques notamment lorsque l’on est confiné dans un habitat réduit.

Il nous explique ce qui s’est passé en Chine : interrogé par  pour le site du médiatique médecin Michel Cymes, il indique qu’au bout de deux mois de confinement, les troubles mentaux avérés (diagnostiqués) ont atteint la moitié de la population : stress post-traumatique, dépression, troubles de l’anxiété, décompensation… Il est persuadé que nous allons avoir  en France un effet post-confinement, avec un recours accru aux soins psychiatriques.

[ajout]  L’Etude COCONEL pour Coronavirus et Confinement : Enquête longitudinale, confirme cette inquiétude.  Elle indique que : « La comparaison avec les dernières données collectées en population générale en 2017 suggère une nette dégradation de la santé mentale au cours du confinement. Cette situation est d’autant plus inquiétante que, selon d’autres sources d’information, beaucoup de patients renoncent à consulter un médecin du fait du confinement. Si cette situation perdure encore plusieurs semaines, elle pourrait favoriser la survenue de pathologies psychiatriques sévères, et un rebond de la demande de soins en levée de confinement, auquel il convient de se préparer. » [fin ajout]

L’enquête du psychiatre Nicolas Franck,nous questionne aussi sur nos usages des outils numériques. nous permettent-ils de mieux vivre cette période ou sont-ils au contraire facteur de stress ?

Ils  nous permettent de rester en lien avec les personnes qui sont importantes à nos yeux. C’est essentiel et dans la plupart des cas cela contribue à nous rendre plus heureux.Nous nous évadons ainsi d’une « prison » symbolique et mentale surtout si l’espace dont nous disposons et réduit

Mais certains usages des outils numériques lors de ce confinement peuvent poser problème. Vous le savez, l’addiction aux écrans n’est pas un mythe. Une surexposition peut affecter notre bien être et notre santé mentale. Pourquoi ? je vous en avais expliqué les raisons ici et ici notamment

« Ne pas devenir fou avec nos écrans »

Le journal Le Monde propose cinq conseils d’hygiène numérique « pour ne pas devenir fou avec ses écrans ». Reprenons les

Conseil n°1 : Mesurez votre temps passé devant les écrans, quels qu’ils soient. Ils ne peuvent occuper la quasi totalité de votre journée sans risque : tablettes, smartphones ordinateurs, nous passons de l’un à l’autre et cumulons une tension nerveuse. « Les smartphones et tablettes utilisant Android et iOS proposent depuis un an des outils de « détox numérique » » : ils permettent de contrôler le temps passé sur des applications ou plus généralement sur son appareil. Mais il n’est pas facile de se poser des limites. Comme pour l’alcool le verre suivant est une envie irrépressible tout comme le fait de consulter ses messages et comptes sur les réseaux sociaux.

Conseil n°2 : pour vous aider à prendre de la distance décochez toutes les notifications. Si l’on continue l’analogie avec l’alcool, les notification sont de mauvais amis qui vous invitent à trinquer à nouveau alors que vous avez déjà bien entamé la bouteille.  Elles ont été crées pour cela : vous pousser à passer de plus en plus de temps sur votre réseau social préféré. C’est une invitation à rester scotché à votre écran dans une  prison mentale.

Conseil n°3 : il est temps peut-être de mettre en place des applications qui correspondent vraiment à vos besoins sans vous tourmenter. Le Monde nous parle de l’imprimante qui n’imprime pas ou de l’ordinateur qui en fonctionnant mal vous agace au plus haut point. Comment revenir à des applications simples sans prise de tête ni sophistication. C’est peut être le moment d’y réfléchir et d’organiser votre outil pour aller à l’essentiel et bannir les dizaines d’applications qui ne servent à rien sinon à vous envoyer de la pub ou des messages néfastes pour vos neurones…

Conseil n°4 : Doper son smartphone nous explique le Monde. Alors là je ne suis pas d’accord. En quoi un outil qui va de plus en plus vite nous facilite-il la vie ? Comme si nous ne savions plus attendre et aller lentement. Nous devons justement apprivoiser nos outils numériques et leur demander d’aller à un rythme soutenable pour notre mental. C’est un peu comme la gestion des courriels que nous recevons et envoyons. 15 messages par jour maxi est souvent bien suffisant. Notre cerveau n’a pas vocation à traiter 50 à 100 messages par jour comme cela se passe souvent.  S’il y arrive c’est au pris d’une tension qui est néfaste pour ‘autres aspects de son fonctionnement.

Conseil n° 5 : Adopter (tous) les gestes barrières. C’est aussi valable avec nos outils numériques qui sont devenus e véritables doudous. Contrairement à ce qu’indique  « Pixel » auteur de l’article du Monde, il ne s’agit pas uniquement de nettoyer son smartphone ou encore faire attention aux liens que l’on ouvre sur son téléphone. Non les gestes barrières peuvent aussi consister à mettre son doudou numérique à distance et à tenter de l’oublier un peu.

Vivre le confinement est somme toutes assez compliqué. La question qui se pose alors est d’éviter de devenir des monogames dans nos activités. Pensons à organiser nos journées en passant d’une pratique à une autre ( sport, lecture, bricolage, travail, tâches ménagère, relations sociales et familiale) et là  tout ira beaucoup mieux. N’oublions pas non plus nos besoins en sommeil. Car là aussi la tentation est grande de « faire reculer la nuit »

En tout cas confinez vous bien ! Et si vous travaillez (hors confinement) bon courage à vous et merci

photo : Freepik 

article rédigé avec le concours de Michelle Verrier Flandre

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Articles liés :

3 réponses

  1. Maman de trois enfants, je vis comme toute la France au rythme du confinement depuis une semaine. Habituellement, je fais un supermarche une fois par semaine et cela nous suffit pour vivre a cinq. Depuis le debut du confinement, les rayons de mon supermarche sont absolument vides. Et depuis quelques jours, les denrees sont rationnees (sans pour autant que le rationnement soit a la hauteur du nombre de personnes vivant dans le foyer). Je n’ai pas voulu ceder a la panique ambiante et faire plus de courses qu’a l’accoutumee la semaine derniere. En fin de semaine, nous commencions a piocher dans les reserves. Aujourd’hui, mardi 24 mars, remplir mes placards etaient une urgence quasi vitales avec mes trois enfants dont un pre-ado qui a bon appetit ! Ne trouvant rien, j’ai ete obligee d’aller a 12 kilometres de chez moi dans un grand hypermarche. J’ai recu une amende de 135 euros parce que je m’etais trop eloignee de mon domicile. Apres apres negociations et parce que j’ai presente une capture d’ecran du site sur lequel je fais mes courses en ligne et qui etait inaccessible en raison du nombre de demandes, mon amende m’a ete retiree. Mais POURQUOI le gouvernement ne communique-t-il pas plus sur le fait que les magasins sont approvisionnes de maniere NORMALE. En allant chercher les produits qu’il me manque un jour sur deux, je m’expose beaucoup plus et j’expose les autres a un risque accru de contamination. Mais quand les produits sont rationnes, ou simplement inexistants, comment se debrouille-t-on ? Peut-on raisonner les citoyens sur cette question ??

  2. Bonjour,

    Pour Info, dans un sens similaire, premiers résultats de l’étude « coconel »

    Verbatim – Note 2 page 3
    « La comparaison avec les dernières données collectées en population générale en 2017 suggère une nette dégradation de la santé mentale au cours du confinement.
    Cette situation est d’autant plus inquiétante que, selon d’autres sources d’information, beaucoup de patients renoncent à consulter un médecin du fait du confinement.
    Si cette situation perdure encore plusieurs semaines, elle pourrait favoriser la survenue de pathologies psychiatriques sévères, et un rebond de la demande de soins en levée de confinement, auquel il convient de se préparer. »

    https://www.ehesp.fr/2020/04/08/etude-coconel-un-consortium-de-chercheurs-analyse-le-ressenti-et-le-comportement-des-francais-face-a-lepidemie-de-covid-19-et-au-confinement/

    Cdt.
    PR

    1. Merci beaucoup de votre complément d’information que je me propose d’intégrer à mon article
      bien cordialement
      dd

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.