Comment établir la bonne distance en travail social ?

La question est simple et complexe à la fois. La pandémie du Coronavirus a provoqué une mise à distance physique de chacun d’entre nous. Cette distance sanitaire a peu à voir avec la distance sociale. Elle est certes physique mais elle est aussi relationnelle, affective, émotionnelle et j’en passe.

Parlons quand même de cette distance physique. Dans les services sociaux, l’usage du bureau derrière lequel sont assis les professionnels est aussi une mise à distance de la personne qui vient demander de l’aide et des conseils. Si le travailleur social se lève pour se positionner à côté d’elle, il lève une barrière que certains peuvent percevoir comme un risque alors que cela peut tout autant être une opportunité.. C’est la même chose lorsque la personne s’approche de vous alors que vous ne vous y attendez pas..

Nous avons tous ressenti un jour cette drôle d’impression lorsqu’une personne se colle à vous et pénètre en quelque sorte votre zone de confort, votre espace privée. Tous les signaux s’allument alors. Cette « intrusion » peut être soit agréable, soit détestable selon l’acceptation que vous avez de celui ou de celle qui s’approche. Elle peut vous attirer mais aussi vous donner envie de fuir, elle peut tout autant ne rien vous faire tant vous êtes indifférent à elle.

Y a-t-il une bonne distance à établir entre un aidant et un aidé ?

L’anthropologue américain Edward T. Hall a étudié et mesuré différents types de distances. Il en distingue 4 avec la distance intime (entre 15 et 45 cm) c’est un échange sensoriel et émotionnel élevé. La distance personnelle (entre 45 et 135 cm) est celle d la conversation entre 2 personnes. La distance sociale (entre 1,20 et 3,70 m) correspond aux échanges entre amis ou collègues de travail. Il y a enfin la distance publique (supérieure à 3,70 m)  lorsqu’une personne s’adresse à un groupe.

Je crois qu’il est essentiel pour un travailleur social de savoir prendre en considération  la proxémie. L’étude des distances sociales nous invite à regarder comment nous nous comportons. Cette distance n’est pas la même selon notre culture, notre éducation, les us et coutumes régionaux. C’est comme par exemple se faire la bise ou utiliser le « tu » et le « vous ».

Tutoyer son interlocuteur n’est pas si anodin qu’il n’y parait. Certaines personnes vivront cette façon de leur parler comme un élément qui les infantilisent. D’autres y verront plutôt un signe d’affection. L’usage du vouvoiement permet aussi de tenir son interlocuteur à distance surtout s’il se montre un peu envahissant.

Si tu es proche de moi, cela veut dire que tu m’apprécies ?

J’ai en mémoire la mésaventure survenue à une collègue assistante sociale qui, ne faisant pas attention à la distance sociale alors qu’elle animait une action collective, s’était rapprochée d’un des participants le temps d’une discussion en aparté. Elle avait aussi l’habitude de faire la bise à tous les membres du groupe et d’utiliser le tutoiement systématique. Son interlocuteur, un homme esseulé en avait conclu qu’elle avait un intérêt particulier pour lui qui allait bien au delà la relation professionnelle.

Rapidement, elle a eu à subir ses avances, notamment sur sa messagerie professionnelle. Ne sachant plus comment se sortir de la situation alors qu’elle avait été très claire à l’égard de ce monsieur, il m’avait fallu le rencontrer pour lui expliquer que sa façon d’agir n’était pas tolérable et relevait du harcèlement. Ce monsieur en avait eu un grand dépit, étant persuadé que son intérêt pour son assistante sociale était partagé. Cet exemple indique qu’il nous faut savoir être prudent avec les sentiments et les émotions des personnes que nous aidons.

Ne laissons pas planer le doute  face à certains risques de « confusion des sentiments ». Ce qui peut paraître anodin nous ne l’est pas pour tous. à nous d’en être conscient et d’en tenir compte.

 

Note : cet article que j’ai rédigé a été initialement publié par Lien Social dans sa rubrique « paroles de métier »

 

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Une réponse

  1. La juste distance est tant physique que symbolique
    Nous avons travaillé également avec notre équipe de recherche-action le travail de rapprochement (pour le soignant et l’aidant)
    Nous appelons cela l’effraction de bulle. Se rapprocher pour apporter du soin sans quiproquo

    Nous appelons cela dans notre méthode http://www.gesivi.fr
    Engagement
    Abordage de l’usager
    Une fois de plus, bravo pour ce petit article
    https://www.gesivi.fr/boutique/

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