Co-éduquer : éthique et positionnement professionnel aux rencontres nationales des Maisons d’enfants à Caractère Social (MECS)

Les rencontres Nationales des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) se sont tenues à Biarritz, le 21 et le 22 mars dernier. Le thème de ces journées portait sur « Le défi de la co-éducation ». Il m’avait été demandé d’intervenir dans une table ronde traitant des questions éthiques et des enjeux de cette co-éducation. Cela m’a permis à cette occasion de présenter le travail de la commission éthique du HCTS et de sa volonté de voir se multiplier les comités éthiques et déontologies sur le terrain au plus près des professionnels. Cela fut aussi l’occasion d’aborder des questions éthiques en présence de Frédéric Jesu, ce pédopsychiatre qui a beaucoup apporté à la réflexion éthique en travail social.

Le règne du Co- ?

mais il faut auparavant nous arréter sur ce concept du « Co » qui a envahit le vocabulaire professionnel. Co est un préfixe issu du latin cum qui signifie «avec, ensemble» .  Aujourd’hui le « Co- » est partout ou presque. Nous assistons à une multiplication d’actions associées à ce terme « co- » : Il y a la « co-construction », la « co-éducation », la « co-évaluation », la « co-décision », le « co-développement » mais aussi  la « co-conception », la co-responsabilité, la co-intervention…  Les apports des outils numériques dits «collaboratifs» ne sont pas non plus étrangers à ce développement du « Co-« . Nous avons désormais les outils du  co-working, du co-voiturage, de la co-location et du  co-jardinage.. Il en existe bien d’autres mais je préfère en rester là.

l’exemple de la co-construction et de la co-éducation

La co-construction a fait irruption de manière récente dans le langage courant. Il est utilisé dans la presse écrite : une fois par an avant 2003,  une fois par mois en 2005,  presque quotidiennement depuis 2013. Le co- qui est « le faire et produire ensemble » n’est-il pas une  version revisitée de l’accompagnement dont la racine latine est :  ad – mouvement cum panis – avec pain, c’est-à-dire, « celui qui mange le pain avec» ?  Ensemble certes, mais comment ? C’est sans soute dans un positionnement professionnel particulier bien connu de certains travailleurs sociaux (mais pas de tous).

Le professionnel n’est plus dans la position d’un expert qui décide à la place d’un «bénéficiaire».  Deux personnes sont côte à côte et non plus face à face : le professionnel qui a des compétences spécifiques, la personne qui a ses compétences propres, irremplaçables.  Ces deux personnes ne peuvent pas être à l’unisson, mais de leur rencontre, du débat entre leurs deux perceptions et leurs connaissances qui deviennent partagées naîtra un changement. Car le travail social vise toujours à produire du changement pour que la situation soit meilleure, moins injuste plus sécure…

co eduquer

Pour cela, il faudra que le professionnel soit sécurisé dans son positionnement, avec des institutions bienveillantes et des cadres soutenants qui lui laissent le temps nécessaire à l’instauration de la relation et à l’accompagnement. Le Co- c’est à dire faire avec ne s’improvise pas. C’est une pratique qui n’est pas nouvelle mais qui demande de savoir prendre des risques, le risque de la rencontre et du partage. C’est aussi pour cela que cette co-construction est si intéressante dès lors qu’elle s’inscrit dans une démarche éthique : c’est une vision partagée sur le comment agir en articulant plusieurs principes…

Les avantages de la  co-éducation et de la co-construction

Agir ensemble  est d’une plus grande efficacité : «Seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin» nous rappelle un  proverbe africain. La construction commune de savoirs est toujours plus riche que la construction individuelle. Il y a aussi une plus grande sécurité : quand il y a erreur, celle-ci est partagée. Cette co-éducation permet de valoriser les  compétences de chacun notamment à travers la  reconnaissance du sujet expert par son vécu de la situation. Quand on a connu la misère et les galères, on sait de quoi on parle et l’on apprend très vite beaucoup de choses qui ne sont pas reconnues dans les « études savantes ».

Il y a aussi des inconvénients

Du temps et de rythmes à respecter : faire ensemble est chronophage et oblige  une certaine «lenteur» (ce qui dans le monde actuel n’est pas vraiment une mauvaise chose). Co-éduquer nécessite de s’adapter en permanence. Il s’agit de se comprendre et de construire un langage commun.. Mais c’est aussi et surtout l’image du professionnel qui est différente : L’intervenant social n’est plus considéré comme un expert. Il partage son savoir qui est relatif. C’est parfois inconfortable : et si la personne accompagnée en savait plus que moi ? Si son savoir est plus pertinent que le mien ?

C’est pourquoi  il est important de s’engager dans la co-éducation en faisant appel aux 12 principes de vigilance éthique utilisables en travail social. Citons les rapidement sans les développer. Il y a les principes de :

  1. non nocivité et d’utilité potentielle
  2. consentement éclairé
  3. confidentialité
  4. qualification de la prise en charge
  5. liberté, d’égalité et de prise en compte des différences,
  6. responsabilité
  7. conviction
  8. communication transparente et non contraignante
  9. réalité
  10. précaution
  11. finalité
  12. discussion

Mais là c’est un autre sujet qui demande de rédiger un autre article comme celui-ci…

 

le dessin dans l’article est extrait du livre «Chroniques déjantées d’un éduc un peu hors cadre» par Par Vince, l’éduc spécial  edilivre.com janvier 2019

Photo : prise de la salle au moment de mon intervention

 

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