Face à la perte d’attractivité des métiers du travail social : les propositions de l’Andass

Le Haut Conseil du Travail Social prépare actuellement un « livre vert » à la demande d’Olivier Véran, actuel ministre des Solidarités et de la Santé. L’objectif annoncé est « de contribuer au diagnostic préalable d’un futur plan des métiers du travail social » avec une volonté affichée de mettre en lumière les enjeux du travail social dans la période actuelle, d’œuvrer à la revalorisation des métiers du travail social, et par là même tenter de s’attaquer aux difficultés de recrutement du secteur, dans un contexte de demande croissante.

Ce document va compiler les contributions de plusieurs groupes de travail et de structures dont celles dont sont issues les membres du Haut Conseil. Ce livre vert fera aussi partie des propositions en direction de la conférence des métiers qui s’ouvre le 18 février prochain à la demande du premier ministre Jean Castex.

C’est dans cette double perspective que l’Association nationale des directeurs d’action sociale et de santé (Andass) vient de rendre publique sa vision des difficultés relatives à a perte d’attractivité des métiers du travail social. Pour l’Andass, les réponses à apporter ne peuvent être strictement sectorielles, tant la crise a profondément rebattu les cartes, atténuant les frontières entre le social et le sanitaire, faisant basculer dans la précarité de nouveaux publics qui sollicitent désormais les services sociaux.

Une nouvelle dénonciation des dispositifs qui s’empilent : il faut sim-pli-fier !

Les travailleurs sociaux sont confrontés à des injonctions contradictoires : être « agile » tout en respectant les cadres
normatifs des dispositifs, « aller vers », tout en se conformant à des référentiels comportant une série de procédures à suivre, aussi scrupuleusement qu’un manuel pour bricoleurs expérimentés ». Il est de plus en plus souvent demandé aux professionnels d’être de simples opérateurs. Ces exigences imposées aux professionnels restent caractérisées par l’empilement de dispositifs ou d’instances de coordination, sans compter la multiplicité des acteurs intervenants parfois sur un même champ. Bref, c’est le grand bazar selon le lieu où l’on intervient.

L’Andass défend « une action publique sobre et de qualité ». On est loin du compte. Cette simplification a du mal à se concrétiser dans le travail social noyé « dans un tel maquis de dispositifs et de compétences enchevêtrées entre les collectivités et l’Etat ». Pour l’Andass les leviers de transformation sont moins d’ordre financier que de l’ordre du pilotage et de la simplification.

Une revalorisation salariale centrée sur les missions

« L’attractivité repose tout d’abord sur une valorisation de ces métiers de l’engagement. Au-delà des campagnes de communication, c’est la visibilité même de ces métiers du lien et de l’accompagnement qui doit être renforcée. » L’ANDASS rappelle au passage la réalité salariale des travailleurs sociaux. Leurs revenus sont très faibles lorsqu’on compare au niveau européen. Dans le secteur social, 95 % des professionnelles sont des femmes et commencent en début de carrière à peine à hauteur du SMIC….


A titre d’illustration, l’échelle des rémunérations dans la fonction publique est la suivante :

  • Un assistant socio-éducatif (assistant social, éducateur spécialisé, CESF) commence sa carrière avec un salaire brut de 1875€, soit un salaire net de 1476€. Quand il arrive au dernier échelon de cette catégorie, il perçoit 2774€ brut, soit un salaire net de 2241,54€. Ceci hors prime, NBI ou autre. Les salaires de la fonction publique sont globalement les plus bas, les rémunérations sont légèrement (ou très) supérieures dans les associations et structures privées. Il faut alors prendre en compte les différents accords et conventions collectives
  • Un conseiller socio-éducatif hors classe (soit le plus haut niveau dans la filière médico-sociale) perçoit 2825€ brut au 1° échelon, soit 2283€ net, et au dernier échelon, il percevra 3580€ brut, soit 2892€ net. (Hors primes, NBI et autres)
  • Dans la convention de 1966, un éducateur en début de carrière commence avec un salaire brut quasi équivalent au
    SMIC.

 


 

L’Andass veut sortir des identités professionnelles qu’elle estime trop cloisonnées

Pour l’Andass Le chantier de l’attractivité et du renouvellement des pratiques a aussi des dimensions managériales. « L’enjeu étant de dépasser les approches par catégories de métiers ou de cadre d’emploi au profit d’une démarche par missions. Cette démarche permettrait selon l’association de sortir d’identités professionnelles cloisonnées, et de valoriser davantage au niveau salarial le traitement de base des professionnels ». « Cette approche par mission permet aussi de recentrer le travail social sur ce qui doit être sa visée, à savoir l’autonomie de la personne ». « En s’inspirant des travaux menés dans le cadre des métiers de la branche autonomie, la refonte des catégories d’emplois vers une seule filière du travail social serait un premier pas vers cette nécessaire convergence des métiers du lien social ».

Dans le débat autour de la polyvalence de secteur des conseils départementaux, L’ANDASS pense qu’il faut distinguer dans les pratiques trois principaux niveaux interventions :

  1. Ce qui relève d’un accueil inconditionnel et de l’accès aux droits qui peut être assuré par des professionnels non issues de la filière sociale ou médico-sociale, mais de la filière administrative (un peu comme les techniciens conseils au sein des CAF, etc…)
  2. Ce qui relève de l’évaluation globale qui doit mobiliser des référentiels et outils partagés entre professionnels. En ce sens la mise en place de systèmes d’informations partagés est une condition incontournable, comme le déploient certains éditeurs autour du dossier numérique de l’usager ;
  3. Ce qui relève de l’accompagnement qui nécessite une coordination d’intervenants spécialisés et mobilise des compétences en termes de supervision et éventuellement de contrôle de délégation à d’autres acteurs (associatif ou institutionnels dans le cadre de la référence de parcours par exemple)

 

L’Andass regrette une approche du travail social trop souvent centrée sur les théories psychologiques des relations intrafamiliales au demeurant mal étayées scientifiquement.Il faut pouvoir « embrasser l’ensemble du champ des sciences sociales ». L’association demande que soit réalisé un état des lieux avec une véritable cartographie des différentes formations existantes pour pouvoir évaluer les apports des différents cursus, en particulier concernant les formations d’encadrement.

Il est aussi rappelé dans ce document  que les savoirs qui peuvent être mobilisés pour enrichir les pratiques ne sont pas seulement des savoirs techniques, il s’agit aussi de savoirs ou compétences dites transférables, de tel sorte que les travailleurs sociaux sont des professionnels du lien social et de la relation aux autres, et cela doit être reconnu comme tel.

Il est fait référence à une étude réalisée par Pôle Emploi et France stratégie publiée en mai 2021 qui souligne que les compétences les plus demandées dans un contexte de transformation accélérée concernent « les situations imposant un contact avec le public, le travail en équipe ou une « charge émotionnelle ». 3 aspects bien pratiqués par les travailleurs sociaux.

L’Andass défend un élargissement d’un socle commun des formations. (Va-t-on alors aller jusqu’au métier unique et généraliste de travailleur social ?) Enfin elle souhaite que l’on s’appuie sur l’expertise des premiers concernés, c’est à dire les personnes accompagnées qui, elles aussi, ont leur mot à dire sur ce chantier de la revalorisation des métiers du travail social. Il s’agit d’aller au-delà un simple questionnaire de satisfaction, mais de réaliser une véritable enquête pour bien pour appréhender leurs attentes.

« Vivre est prendre des risques »

C’est avec cet adage que l’Andass conclut son argumentaire.  « Pour mener de tels chantiers, l’implication et la participation des professionnels est indispensable. » …/… « Il convient dès lors que le partage de la prise de risque soit interrogé. Quels niveaux de risques chacune des parties prenantes accepte de prendre : les financeurs, les gestionnaires (délégataires), les professionnels et la personne concernée. L’objectif et les risques à prendre doivent être partagées et consentis ». La question est posée, mais il n’est pas certain que tous y répondent.

 

 

Photo créée par wayhomestudio – fr.freepik.com

 

Note : je n’ai pas d’intérêt particulier vis-à-vis de l’ANDASS dont je ne suis pas membre.

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