Assistant(e) de service social, un métier déconsidéré ?

Dany Bocquet, conseillère technique de service social, retraitée de l’Éducation nationale m’a fait parvenir un projet d’article qui sera publié dans la prochaine revue française de service social. Voici quelques extraits de son texte qui nous invite à réfléchir sur le devenir de la profession d’assistant social.

Crise dans la profession

On enregistre depuis plusieurs années une chute continue et conséquente du nombre de candidats aux sélections pour s’engager dans la formation d’assistant de service social (les candidatures se font depuis 2019 sur la plate-forme dite Parcours-Sup). Les instituts de formation peinent pour la plupart à remplir les promotions dont les budgets de fonctionnement leur sont assujettis. Il fut un temps où des centaines de candidats s’inscrivaient au concours d’entrée en formation.Ce temps là est révolu.

Que s’est-il passé ? Pourquoi la formation d’assistant de service social a-t-elle cessé de séduire ? Comment expliquer la fracture observée en quelques générations alors que la profession recrute ? De nombreux postes sont proposés. Ils ne trouvent pas preneurs.

4 facteurs essentiels liés à cette crise.

Face à cette situation Dany Bocquet émet plusieurs hypothèses qui se conjuguent et accentuent le phénomène :

  • La représentation du métier ne correspond pas à sa réalité ;
  • La communication est déficitaire vis-à-vis des jeunes générations ;
  • Le métier ne correspond pas aux idéaux sociétaux ;
  • L’évolution de l’activité est « désincarnée »

Une communication déficitaire

la presse comme les médias se font peu l’écho du monde des travailleurs sociaux. Combien d’articles ou de reportages hors les revues spécialisées traitant de ces acteurs ? Un peu plus ces derniers mois(c’est lié aux mouvements de protestation et la crise sanitaire), mais demande-t-elle,  doit-on regretter cette invisibilité ? Non au vu du traitement privilégiant la dimension émotionnelle du sujet, la plupart du temps à charge. Les services et leurs agents sont accusés de nuire à des individus par des décisions arbitraires. Les sujets sont sensibles : protection ou garde d’enfant, accès aux droits… les contextes jamais complètement interrogés…

Une société du paraître

Le métier d’assistant social est une activité de l’ombre, dont on ne parle pas, qui ne s’affiche pas. C’est un métier en contradiction avec la tendance au paraître de notre société de l’image. (Comment peut-il intéresser les jeunes générations qui ont un besoin accru de reconnaissance et de visibilité ?) Mais le pire dans tout cela est ce que Dany Bocquet nomme la perte de sens qui conduit les professionnels avec des idéaux à se détourner de notre profession

Une évolution de l’activité désincarnée

Cette émergence de la perte de sens ne date pas d’aujourd’hui. La dégradation des conditions de travail, la massification de la pauvreté a débuté vers les années 80 avec l’explosion des besoins, l’évolution des modèles familiaux.

Il faut y ajouter la multiplication de situations auxquelles il fallait répondre par des dispositifs eux-mêmes objets d’une comptabilisation. Cela a eu un impact sur la vision de l’action sociale et le travail des professionnels, avec l’émergence d’une conception qui associe accès aux droits et accompagnement, cloisonnement. Le travail social a évolué vers la bureaucratisation. On a progressivement assisté à une transposition des logiques d’activité du marché privé dans le secteur social.

Il y a là un débat à ouvrir

Il serait temps de réfléchir à ce qui a contribué à détourner les pratiques dans le secteur social pour y remédier. La question du financement de la formation est cruciale. Mais il n’y a pas que cela. Oui, notre métier ne fait plus rêver.

Les indemnités versées durant les mois de stage n’atteignent pas le niveau d’une bourse d’étude. Les grilles des salaires doivent être réévaluées si l’on veut donner envie d’intégrer ces formations. Notre jeunesse peut-elle souhaiter embrasser un métier qui la plongerait dans la précarité ?

 

Note : l’article à paraitre dans le futur numéro de la revue française de service social est bien plus documenté que cet extrait. C’est pourquoi je vous invite à ne pas le manquer quand il sortira dans sa version « papier »

Mes remerciements à Dany Bocquet

photo : default 04  wayhomestudio freepik

 

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4 réponses

  1. Assistante sociale (je garde volontairement ce terme car assistante de service social est pour moi connoté négativement) diplomée depuis 30 ans en 2022,agée alors de seulement 21 ans et 30 ans d’exercice dans différents services publics et privés-Bien sûr j’ai continué de me former (je suis aussi médiatrice familiale diplômée d’état et j’exerce les 2 métiers par choix),de réfléchir à notre métier, à mettre en question ma façon de l’exercer.J’accueille actuellement une nouvelle étudiante en 1ere année de formation,tout juste agée de 18 ans et qui petite « jouait à l’assistante sociale »!!!il y a encore des jeunes motivés, qui souhaitent faire nos métiers plein d’avenir:sachons aussi les voir et les accueillir et les encourager! à l’heure où les gens veulent donner du sens à leur travail:le notre en a, et en a toujours et sachons le dire et en témoigner! je veux bien participer aux débats

  2. Merci pour cet article. Même pour les étudiants en reconversion, la gratification est primordiale sachant que pole emploi indemnise pendant deux ans et que la troisième année n’est pas indemnisée. Le métier d’assistante de service sociale n’est par ailleurs pas dans la liste des « métiers a tension » malgré les constats partagés sur la profession….

  3. Merci pour cette information. Je ne manquerai pas la parution de cet article et suis prête à participer au débat

  4. Très intéressant et juste en effet. Je pense aussi que la difficulté à trouver des stages gratifiés à son importance et a pu dissuader certain.e.s étudiant.e.s à candidater voire à pouvoir continuer leur cursus. Car face à l’adversité, les embûches démarrent très tôt.

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