Aller-vers : La présence active de proximité (PAP) jusqu’aux paliers des habitants des Quartiers Prioritaires

Il est un concept qui se développe, celui de la présence active de proximité (PAP) : cette pratique a été mise en avant principalement par les médiateurs sociaux. France Médiation considère cette présence particulière comme l’un des huit registres d’intervention du médiateur social. Elle est aussi une pratique au sein d’institutions telles par exemple la métropole de Bordeaux qui dispose de médiateurs qui vont à la rencontre de squatters.  Ces temps permettent à la fois d’établir un lien, d’orienter les personnes ou encore de travailler avec elle sur une question technique concernant le site qui est squatté. (par exemple l’accès à l’eau, la gestion des déchets, etc.)

La pratique des médiateurs, comme le précise France Médiation, vise à aller au-devant des besoins ou des attentes exprimées ou non, ou non entendues par les institutions. Le médiateur va à la rencontre des habitants et en particulier les populations fragilisées ou isolées. Il n’y va pas n’importe comment, et il n’a rien à vendre. Il s’agit d’abord de se faire connaître et reconnaître par eux.

La présence active de palier

Cette approche trouve toute sa pertinence dans les axes de la politique de la ville dans les quartiers dits prioritaires. Comment atteindre les habitants les plus isolés et invisibles qui y vivent ? « Rien ne peut se faire ou presque si l’on ne va pas vers eux », explique Raphaël Delorme qui a exercé pendant près de 8 ans comme médiateur santé. Professionnel du soin et de la prévention santé de métier, il n’a pas hésité à développer sa pratique d’aller vers les habitants des Quartiers Prioritaires en développant ce qu’il a nommé la présence active de palier, en référence à la présence active de proximité dont elle devient une composante. À l’heure de l’internet, de la « plateformisation » des services publics qui ne sont plus accessibles physiquement, la démarche peut paraitre paradoxale. Et pourtant elle garde tout son sens et donne des résultats.

Des rencontres chaleureuses, des personnes intéressées et qui apprécient que l’on vienne vers elles, nous sommes loin des représentations que nous avons du passé où le colporteur faisant du porte-à-porte était quelqu’un dont il fallait se méfier. J’ai pu échanger avec Raphaël Delorme sur sa pratique : « Aller sur le pallier et sonner aux portes des logements des habitants est un moyen d’aller vers eux » dit-il.

Comment aller vers les paliers des logements ?

Durant les six premiers mois d’expérimentation de l’aller vers en « porte–à–porte », le médiateur santé a rencontré individuellement 313 personnes sur les 669 logements (sociaux et privés) où l’habitant était présent au moment du passage. Et là, surprise, la quasi–totalité des habitants a accepté d’avoir une présentation du service et beaucoup ont exprimé leur satisfaction envers la démarche. Le thème de la santé et le caractère intime qu’il peut recouvrir se prêtant bien à la rencontre au seuil du logement, certains habitants proposent même spontanément au médiateur de franchir le seuil pour poursuivre l’échange chez eux et gagner ainsi en confidentialité.

Celui qui a sonné aux portes de plus de 2400 logements et rencontré ainsi près de 1300 habitants sur leur palier peut maintenant faire le bilan de ce qui lui permet d’atteindre ainsi tous les habitants d’un quartier prioritaire sans discrimination, dont les plus « invisibles », (ceux qui ne se déplacent pas ou plus vers ces lieux ressources) ou tout simplement ceux qui n’ont pas accès à la bonne information :

Par exemple :

  • Être convaincu soi-même de la légitimé de sa démarche d’aller vers en « porte-à-porte » sans quoi notre interlocuteur sera insécurisé par notre propre doute
  • Se présenter en déclinant clairement son identité sociale, par exemple agent d’un intercommunal et son intention, ici, de venir porter à la connaissance des habitants un service (les badges semblent être d’aucune utilité, car utilisés par les escrocs du porte-à-porte)
  • Être centré dès la première seconde sur l’habitant, à son écoute en lui permettant de dire tout ce qu’il a envie d’exprimer à l’occasion de cette rencontre impromptue pour lui
  • Avoir un support d’information à remettre aux habitants rencontrés, qui peut d’ailleurs être laissé sur la porte des habitants absents au moment du passage qu’il justifie par ailleurs

Enfin, et pour éviter d’inspirer de faux médiateurs mal intentionnés, il est recommandé de ne pas faire de publicité à cette action dans la presse locale…

Une pratique enthousiasmante

Cet espace de rencontre et cette façon d’aller vers est « magique » nous dit Raphaël Delorme. Quand on la pratique régulièrement, cela peut même avoir un caractère addictif, car on a vite un sentiment de grande utilité en rencontrant des personnes aussi invisibles que vulnérables, et des habitants porteurs de solutions que l’on partagera avec d’autres. Cette présence active de palier semble être un « entre-deux » particulièrement intéressant : les gens sont chez eux, le médiateur est quant à lui dans un espace public. Cet « espace transitionnel » (ni dehors ni dedans) n’est pas menaçant ni dérangeant, au contraire. La délimitation de l’espace permet la rencontre en sécurité des deux côtés et le savoir-faire du médiateur s’affine au fil des rencontres.

Cette pratique gagnerait à être mieux connue et même encouragée dans les actions de Politique de la Ville selon Raphaël Delorme, car elle se prête bien au périmètre resserré actuel des Quartiers Politique de la Ville.

Si vous pratiquez vous-même une forme de présence active de palier et que vous souhaitez échanger sur ce sujet, si vous connaissez des structures qui les valorisent ou font appels à des médiateurs dans cette logique, n’hésitez pas à m’en informer. Je ferai le lien avec Raphaël Delorme que je remercie ici pour sa contribution.

voir la fiche d’expérience DSU Roanne Agglomération nov. 2017

 

Photo : La présence active de palier fournie par Raphaël Delorme

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Une réponse

  1. Bonsoir,
    Merci pour et article.
    Je suis apprentie assistante de service sociale en chrs (en 2e année) et votre article me questionne sur le « risque » de projeter des besoins que n’auraient peut-être pas les personne en allant toujours au-devant d’elles… Moi-même j’hésite souvent à devancer leur demande car sinon, j’ai le sentiment de transférer sur les personnes ce qui ME semble pertinent, utile…
    Qu’en pensez-vous ?
    Belle semaine,
    Sara

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