Didier Dubasque
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Ahh, si les assistantes sociales scolaires pouvaient avoir des tracteurs lorsqu’elles manifestent à Paris !

Plusieurs centaines d’assistantes sociales scolaires de toute la France se sont rassemblées à Paris pour manifester le 22 mars dernier devant le ministère de l’Éducation nationale. Cette mobilisation a permis de rendre visible leurs conditions de travail et leur manque de moyens.  Les professionnel(le)s réclament des créations de postes, une revalorisation salariale et une meilleure reconnaissance de leur travail au sein des établissements où elles interviennent. Les pancartes brandies lors de la manifestation parisienne donnent à voir la faiblesse de leurs effectifs. Il y a seulement 3000 assistantes sociales scolaires pour 12 millions d’élèves.

Un vase qui déborde

Les assistants sociaux scolaires réagissent depuis plusieurs mois face à la dégradation de leurs conditions de travail et à l’invisibilisation dont ils sont victimes. Malgré l’importance de leur rôle dans la protection de l’enfance, la santé psychologique des élèves et la lutte contre le harcèlement scolaire, ils sont littéralement oubliés. Ils demandent une reconnaissance plus forte de leur profession.

En clair, par manque de moyens, les professionnel(le)s sont dispersées sur 3, 4, voire 5 établissements, avec des missions essentielles. Ils sont aussi engagés dans des actions collectives pour la santé et la citoyenneté, œuvrant à l’inclusion scolaire, sans oublier le soutien à la parentalité. Ils consacrent aussi une part de leur énergie au bien-être mental des élèves, tout en facilitant l’accès aux droits des familles.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour les assistantes sociales de l’éducation nationale a été le discours de politique générale du Premier ministre Gabriel Attal, le 30 janvier dernier. Lors de cette prise de parole, il avait annoncé la revalorisation des salaires des fonctionnaires de l’éducation nationale sans citer ni prendre en compte le service social en faveur des élèves. Cette annonce avait suscité l’indignation de la profession, qui avait déjà été oubliée des primes prévues par le Ségur de la santé.

Lors de son discours, Gabriel Attal, avait aussi affiché des priorités fortes qui concernent en grande partie le service social en faveur des élèves : la protection de l’enfance, la santé psychologique des élèves, le harcèlement scolaire…  « Pourtant, une fois de plus, une fois de trop, les personnels sociaux sont oubliés de toute annonce de revalorisation salariale et de création de postes », avaient alors dénoncé les deux syndicats  SNUASFP-FSU et SNASEN-UNSA. Il était donc logique qu’ils appellent à la mobilisation.

Des revendications claires au regard de leur situation

Malgré des emplois du temps éreintants, des déplacements fréquents d’un établissement à l’autre, et une charge de travail démesurée, ces assistantes sociales sont presque systématiquement les oubliées des revalorisations salariales. Il leur est même refusé les primes auxquelles elles ont droit. Cette triste réalité, menace d’en conduire certain(e)s à un burn-out quasi inévitable. (et c’est déjà le cas pour beaucoup d’entre-elles.)

Les manifestants ont logiquement réclamé une révision à la hausse de leurs salaires, à l’image de celle obtenue récemment par les infirmières scolaires. Elles demandent aussi une création massive de postes et la mise en place d’un service social spécifique à l’école primaire. Les syndicats SNUASFPFSU et SNASEN-UNSA, à l’origine de l’appel à la mobilisation, déploraient aussi que les personnels sociaux soient une fois les laissés pour compte des créations de postes malgré des besoins croissants. Les manifestant(e)s réclament plusieurs mesures pour améliorer leurs conditions de travail et renforcer leur impact auprès des élèves. Ils et elles demandent

  • Des créations de postes : il s’agit de pouvoir répondre aux besoins croissants des établissements scolaires. Il est aussi souhaité la mise en place d’un service social spécifique dans le premier degré.
  • Une revalorisation salariale : leurs salaires sont bas, une assistante sociale débutante au premier échelon débute avec 1.501 € net mensuel. Le SMIC étant de 1.398,70 €. Il est demandé la revalorisation des grilles indiciaires.
  • L’abandon de la proratisation des indemnités en REP et REP+ : Les professionnels réclament l’abandon système actuel de calcul des indemnités dans les réseaux d’éducation prioritaire, afin de garantir une équité de traitement.
  • Une reconnaissance de leur travail : Les as scolaires demandent à être reconnus comme des acteurs essentiels au sein des établissements scolaires. Ils souhaitent que leurs compétences et leur expertise soient prises en compte dans les décisions et les politiques éducatives.

Une mobilisation qui s’est construite au fil des semaines

Cette manifestation nationale à Paris a été le point d’orgue d’une mobilisation qui s’est construite au fil des mois face à un mécontentement qui va croissant. Les assistants sociaux scolaires s’étaient déjà retrouvés dans des rassemblements un peu partout en France avec des actions symboliques. Ils espèrent que cette mobilisation permettra de sensibiliser les autorités et de trouver des solutions concrètes à leurs revendications. En tout cas, elle a percé dans les médias nationaux qui ont couvert la manifestation.

C’est aussi le manque de moyens alloués à leurs missions qui les met en colère. Et ce, « à l’heure où tous les experts parlent de l’accroissement des violences faites aux enfants », « où de plus en plus d’élèves ne mangent pas à leur faim », « où le cyberharcèlement dévaste la population adolescente », explique ici dans l’Hérault une assistante sociale du lycée Jean Mermoz de Montpellier. Dans cet établissement, elle est seule en poste pour 3000 élèves. « Je ne fais que du traitement d’urgence », déplore l’assistante sociale, contrainte, par manque de temps, de laisser de côté les pans de ses missions dédiés à la prévention et à « l’accompagnement face aux maux de l’adolescence ».

Cette mobilisation tombe à un moment où le gouvernement s’apprête à diminuer une nouvelle fois les moyens dans la fonction publique au nom de la lutte contre le déficit budgétaire.  Aucun signe positif n’a été donné du côté du ministère qui laisse passer les nuages  (à défaut de l’orage). Sans un élargissement de ce mouvement, il est à craindre que rien ne bouge.

Ahh,  si les assistantes sociales pouvaient avoir des tracteurs et monter sur Paris !

Il y a de multiples raisons susceptibles d’expliquer pourquoi les assistantes sociales sont peu entendues, même lorsqu’elles manifestent. Cela peut être attribué à plusieurs facteurs. Voici quelques explications possibles :

  • Le travail social est un domaine fortement féminisé dans notre pays, c’est particulièrement fort chez les assistants de service social. Les hommes sont très minoritaires. Cette féminisation peut contribuer à une moindre visibilité et reconnaissance de la profession, car il est reconnu que les métiers associés aux femmes sont souvent moins valorisés dans la société.
  • Les activités des métiers du service social sont généralement perçues comme des aptitudes naturelles des femmes. Ce qui est « naturel » n’est pas considéré comme professionnel. Ces stéréotypes de genre persistent et peuvent limiter la reconnaissance et la légitimité des assistantes sociales dans leur travail.
  • Les assistantes sociales en grève ne gênent que les plus défavorisés auprès de qui elles interviennent. Des personnes dont peu se soucient, notamment au plus haut sommet de l’État. Ce public « d’assistés sociaux » ne manifeste pas non plus et vote moins que d’autres catégories de la population.
  • L’aide sociale est depuis de nombreuses années considéré comme une charge et un coût. Lorsque l’on dénonce depuis longtemps « l’assistanat », on dégrade implicitement les services sociaux et le travail de leurs agents.
  • Plus largement, il est clair que ce sont tous les métiers du travail social sont dévalorisés et mal rémunérés en France. Ils accusent un écart de rémunération par rapport au secteur privé et aux métiers de la santé, ce qui peut dissuader les hommes de s’engager dans ce secteur. Cette dévalorisation  contribue à une moindre considération et écoute des assistantes sociales.
  • Enfin, malgré l’importance du service social dans la société, il existe un manque de reconnaissance institutionnelle des professionnel(le)s. Les politiques publiques et les décideurs politiques ne donnent jamais la priorité aux problématiques sociales. C’est l’économie qui  prime et les revendications des assistantes sociales ont très peu de poids. cela limite leur impact et leur visibilité lorsqu’elles manifestent.

 

Ceci dit que faire aujourd’hui pour être entendu ? C’est une question centrale à laquelle j’aimerai bien que nous ayons une réponse.

 


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