« Les travailleurs sociaux, urgentistes de terrain » : une étude du Crédoc qui ne nous apprend rien de nouveau

Le site « Vie publique » dans un article intitulé « Crise sanitaire : quel impact sur les travailleurs sociaux ?  » , nous alerte sur une enquête du Crédoc qui vient de paraitre. Elle porte sur les travailleurs sociaux face à la crise Covid et aux changements opérés dans cette période qui fut si singulière.  Il est rappelé que « Malgré les filets de sécurité déployés par les pouvoirs publics, au plus fort de la crise, près de 4 millions de personnes ont estimé être en situation de vulnérabilité. Les plus fragiles ont pu compter sur le soutien des professionnels et bénévoles de l’intervention sociale. 1,3 million de travailleurs sociaux ont affronté ces temps perturbés ».

L’Institut des Vulnérabilités et Résiliences, a demandé au Crédoc de mener une enquête qualitative auprès d’une quarantaine de salariés et bénévoles – cadres et intervenants du service public, de collectivités ou du secteur associatif. Ce travail s’est engagé sans apparemment savoir qu’un rapport sur le même sujet avait été publié par le HCTS – en tout cas il n’y est aucunement fait référence.

La lettre du Crédoc qui publie ce travail « révèle le sentiment d’invisibilité de ces «urgentistes sociaux» ayant su s’adapter et repenser leur action pour accompagner les plus vulnérables notamment les jeunes, est-il ainsi résumé. En fait, le Crédoc ne révèle rien de plus que ce qui a déjà écrit dans le rapport paru il y a un peu plus d’un an et intitulé « Le travail social au défi de la crise sanitaire – Impact de la crise sanitaire de la COVID-19 sur les organisations et les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux » . Mais comme c’est un organisme reconnu qui l’écrit un an après, c’est-à-dire avec un peu plus de recul, c’est sans doute encore plus vrai…

Que nous dit le Crédoc ? 

Il nous parle du « temps suspendu » (il me semble avoir déjà lu ça ailleurs) : « Le temps nécessaire à la réorganisation des institutions, le quotidien de tout un chacun a été suspendu » est-il indiqué. « Il l’a été plus encore pour les plus pauvres dont l’accès à un toit, à l’eau ou encore à l’alimentation dépend des solidarités nationales ».

Il est relaté plusieurs témoignages de travailleurs sociaux dont celui-ci : «La période a été très difficile, il a fallu faire avec la peur du virus, basculer dans le télétravail et en même temps rester ouvert quand tout était fermé. On a dû faire avec les compétences de chacun, bien au-delà parfois et avec peu de moyens. On est aujourd’hui fatigués et certains collègues ne sont pas revenus.» dira un représentant d’association. On ne peut que lui donner raison.

Manque de moyens, inventivité, prises d’initiatives, « Comme le médical, le secteur social s’est trouvé en première ligne sur le terrain et a dû se réorganiser, préserver ses travailleurs sociaux, parfois en sous-effectifs et ses bénévoles, dans un secteur qui depuis plusieurs années connaît une crise des vocations faute de reconnaissance sociale et de moyens ».

Au passage le Credoc rappelle que selon la DIHAL, « près de 64 000 postes seraient aujourd’hui vacants dans les métiers du social et du médico-social ». L’information est mise au conditionnel par le Credoc alors qu’un article du Monde en date du 9 février l’affirmait de façon claire suite à la mobilisation des associations.

« Solidaires dans l’urgence, les professionnels ont parfois eu le sentiment d’être seuls sur le terrain et invisibles dans leur action quand tous les regards étaient tournés vers l’hôpital. » Oui, effectivement, c’est tout à fit cela. « La crise a également été une occasion renouvelée pour ces professionnels de mettre en évidence leur volonté de travailler différemment, au plus près des situations des familles, à distance d’une logique gestionnaire et en collaboration plus étroite avec le sanitaire notamment ». Le Crédoc cite en cela le rapport Piveteau, qui exprime le souhait « d’un pouvoir d’agir » des travailleurs sociaux. C’est un « pouvoir d’agir à mettre en œuvre en lien étroit avec les personnes concernées.

En conclusion. Je souhaitais un peu bêtement, en lisant cette étude, apprendre de nouveaux faits, grâce à un regard distancié des analystes du Crédoc. Finalement, ce travail ne fait que conforter ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Cela est rassurant dans un sens. Les travailleurs sociaux sont constants dans leurs témoignages sur cette période si particulière. Ils ne disent pas une chose et son contraire et ça, c’est fort heureux. Mais il est dommage que les analystes du Crédoc n’aient (semble-t-il) pas vérifié ce qui avait déjà été écrit sur ce sujet. Ils auraient trouvé les mêmes termes avec des témoignages similaires.

Est-ce à dire que les rapports du HCTS, eux aussi, comme les professionnels, souffrent d’invisibilité ?

 

Note : Ceci dit, qui aime bien châtie bien, je garde une profonde estime des études du Crédoc d’autant plus que leur travail conforte et valorise des faits documentés par notre secteur. 

 

 

Photo créée par pch.vector – fr.freepik.com

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