RSA : la crise invite-telle a repenser l’accompagnement social et professionnel ?

« La Seine-Maritime tente une nouvelle approche pour les allocataires du RSA » titre un article du journal Paris Normandie. En y regardant de plus près, on ne peut que constater que cette nouveauté ne l’est pas vraiment. Qu’en est-il exactement ?

« Les conséquences sociales de la crise sanitaire se manifestent déjà pour les plus fragiles » précise le quotidien normand. Ainsi, en avril, 500 personnes ont basculé dans le RSA en Seine-Maritime, essentiellement des salariés en fin de contrats précaires ou des saisonniers ne pouvant accéder aux allocations chômage ». Il en est de même pour les autres Départements peut-on ajouter

Cette nouvelle réalité de l’exclusion a provoqué le choix de l’exécutif départemental d’expérimenter une approche dite nouvelle.  Le CD 76 s’intéresse plus particulièrement aux «primo-entrants», c’est à dire aux bénéficiaires inscrits récemment depuis le début de la crise. Il s’agit d’aller « au-delà de l’accompagnement social dont doivent souvent se contenter des travailleurs sociaux débordés ».

Ces primo arrivants au RSA vont ce voir proposer un parcours professionnel «sur-mesure». En fait il s’agit ni plus ni moins de revenir à la source du dispositif RSA mais en l’appliquant qu’à une seule catégorie d’allocataires.

On voit bien que le RSA n’est que la continuité du dispositif financier des allocations chômage dont les conditions d’accès ont été réduites au fil des ans. Ces « nouveaux publics » sont des demandeurs d’emploi qui par le passé auraient continué de percevoir les prestations de Pôle Emploi. Mais les conditions d’indemnisation s’étant durcies, ils « basculent » automatiquement dans ce dispositif qui est perçu comme une assistance plutôt que comme un droit.

D’autres Départements appliquent déjà depuis longtemps une politique volontariste d’accompagnement au retour à l’emploi en articulant un accompagnement vers l’emploi et accompagnement social. L’insertion professionnelle est alors associée à l’insertion sociale. Ce qui, faut-il le rappeler existait par le passé avec le RMI.

Les élus et professionnels du Département de Seine Maritime pourraient se tourner vers ceux qui ont depuis fort longtemps engagé cette politique d’insertion. Celle qui est inscrite dans la loi  dès son article 1 et qui rappelle que le revenu de solidarité active a pour objet d’assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d’existence, afin de lutter contre la pauvreté; qu’il encourage l’exercice ou le retour à une activité professionnelle et aide à l’insertion sociale des bénéficiaires..

L’exemple de la Loire Atlantique

Pour ne citer que ce Département que je connais bien, 9 unités emploi  accompagnent les allocataires du RSA tout en mobilisant « en même temps » les employeurs afin qu’ils acceptent de les recruter via des contrats aidés. Les chargés d’accompagnement emploi sont souvent des travailleurs sociaux (mais pas que). Ces unités  « coordonnent l’ensemble des professionnels (agents d’insertion, médiateurs emploi, conseillers Pôle Emploi) en charge de l’accompagnement des bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active (RSA) ».

En Loire Atlantique les unités emploi accompagnent chaque année plus de 9000 allocataires du RSA sans compter celles et ceux qui sont aussi accompagnés par les services sociaux de ce département. Bien évidemment tous travaillent ensemble et s’articulent pour apporter des réponses adaptées aux besoins de chacun

Les conseillers d’insertion de ces unités emploi ne travaillent pas que sur des contrats aidés. Ils sont aussi mobilisés pour disposer d’un réseau d’entreprises qui recrutent sur des emplois dits durables.

Vers une nouvelle lutte des places ?

C’est ce que nous pouvons craindre. Avec la crise qui s’annonce et les pertes d’emploi à la clé, c’est bien d’une lutte des places qui vont mobiliser les conseillers d’insertion. Si les entreprises ne recrutent plus dans un secteur, il n’est pas évident de penser une rapide reconversion de personnes qui ont travaillé tant d’année dans un secteur devenu « en crise ». Un soudeur ne peux devenir du jour au lendemain un secrétaire ou un animateur sportif pour ne citer que ces métiers.

La lutte des places ce n’est seulement celle décrite par Vincent de Gauléjac qui explique que chacun lutte pour avoir une place sociale dans la société. Non cette lutte des places dont je parle est celle qui met en rivalité des dizaines, voire des centaines de demandeurs d’emploi lorsqu’ils postule pour obtenir un poste. Cette mise en rivalité est très dure à vivre pour ceux qui voient ces emplois attribués à d’autres qu’eux.

On ne pourra faire porter sans cesse la responsabilité du chômage à celles et ceux qui en sont victimes. La crise actuelle sera aussi l’occasion de rappeler cette évidence.

 

photo : Gratisography

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3 réponses

  1. Bonjour Didier,
    Je vois dans ton article, que la Loire Atlantique a développé un accompagnement spécifique des allocataires du RSA, qui sont donc bien « plus chanceux » que ceux d’autres départements. Je pense en particulier au Val de Marne, qui a fait le choix de renvoyer l’accompagnement à Pôle emploi. Les quelques allocataires que j’ai rencontré se sont inscrits par voie électronique à Pôle emploi et n’ont jamais rencontré de conseiller ! On est dans la délivrance d’une allocation sans aucune contrepartie autre que l’actualisation tous les mois à Pôle emploi, et tous les trimestres au CCAS…. Une pratique hélas qui risque de se généraliser….

    1. Bonjour Isabelle,
      C’est un plaisir de te lire après tout ce temps passé ! Effectivement la façon dont on prend en considération les besoins des allocataires du RSA est très différente selon les Départements. En Loire Atlantique, il avait été constaté à l’origine un désintérêt des agents de pôle emploi qui ne proposaient pas d’offres aux allocataires du RSA mais plutôt aux personnes en fin de Droits. Cette discrimination non dite ni écrite avait fait réagir des élus. Plutôt que d’accuser Pôle Emploi, L’administration départementale s’était alors saisie du dispositif européen FEDER pour proposer à Pôle Emploi de construire des unités d’insertion professionnelles associant des agents de cette administration (subventionnés par le CD) qui travaillaient avec d’autres recrutés en intra. J’avais à l’époque animé l’une des premières unités sur St Nazaire. Elle était constituée d’agents Du CD, de Pôle emploi et d’une association conventionnée. C’était assez tendu au début chaque catégorie d’agent avait des règles de travail et de salaire différents ce qui alimentait des tensions et des représentations dans les équipe. Puis tout le monde avait appris à travailler ensemble dans l’intérêt des personnes jusqu’au jour où Pôle emploi s’est retiré du dispositif et a récupéré ses agents pour pouvoir répondre aux besoins qu’ils avaient suite à des réductions d’effectif. Il y aurait beaucoup à raconter sur cette aventure qui continue sans PE…

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