Les migrants, ces « damnés de la terre »… Plaidoyer pour un retour du service social d’aide aux émigrants

Que penser de cette « inhumanité » qui sévit dans notre pays comme dans ceux du centre de l’Europe. Ainsi une majorité de Français exprimerait de fortes  réticences pour ne pas dire plus à accueillir les migrants, même s’ils sont victimes de guerre. Mais les sondages se contredisent selon ceux qui les réalisent : pour Amnesty International, 82 % des Français sont favorables à l’accueil des réfugiés. (63% des personnes interrogées étaient d’accords pour dire que la France devait faire plus pour aider les réfugiés). Qui croire au final ? celles et ceux qui estiment qu’il faut « se protéger des étrangers » ou ceux qui gardent la culture de l’accueil comme une valeur non négociable car issue des valeurs républicaines ? La question reste posée même si, bien évidemment, tout travailleur social qui respecte les valeurs de sa profession penche pour l’accueil dans le respect des textes internationaux..

En tout cas il nous manque désormais une structure permettant une accueil digne d’un service social en direction des familles. Voilà de quoi regretter la disparition il y a plus de 10 ans du Service Social d’Aide au Émigrants. Ce n’était pas un hasard. Un certain Nicolas Sarkozy fut l’artisan de cette réorganisation qui a tué le SSAE pour le remplacer par une agence, l’ANAEM devenu ensuite l’Office Français de l’Immigration et de l’intégration (OFII) avec des missions et des pratiques forts différentes dans ses conceptions  de l’accueil.

Benjamin Stora dans un article paru dans le journal Le Monde en 2015, nous explique que la France a été victime du  « ravage des idéologues du repli identitaire ». Il nous rappelle que depuis plus de 20 ans un travail de sape idéologique tend à renforcer le repli sur soi alors que la tradition française est au contraire historiquement celle de l’hospitalité envers les réprouvés. Un petit rappel permet de le constater : en 1939, La France avait accueilli près d’un million de réfugiés espagnols, fuyant le franquisme, en 1973 près de 15.000 Chiliens étaient reçus dans notre pays après le coup d’Etat du général Augusto Pinochet. de 1975 à 1985, la France avait accueilli 110.000 boat-people, fuyant le régime des khmers rouges à Phnom Penh ou le Vietnam…  Nous sommes loin des  7.000 Syriens qui , depuis 2011 ont obtenu une protection en France, alors que quatre millions ont quitté leur pays.

Comment pouvons nous réagir en tant que travailleur social ? 

1er principe : Si nous acceptons de considérer lors de nos interventions que l’empathie reste un outil de notre « agir professionnel », ( l’empathie c’est à dire la capacité de se mettre à la place de l’autre et donc de comprendre sa façon d’agir et de réagir ), nous ne pouvons que comprendre les motivations de ces réfugiés et les accueillir dans un principe d’humanité mais aussi dans une  éthique permettant d’agir de façon logique face à une personne considéré comme une autre « nous-même ».

2ème principe : l’émotion n’est pas suffisante pour agir, surtout dans le champ du travail social même si  cette émotion s’inscrit dans les règles de la communication audio visuelle, Il nous faut agir avec la raison et faire aussi appel aux règles de droit non pas national mais international. Ainsi nous avons à respecter les 5 principes du Droit international humanitaire que ce soit ou non dans des zones de guerre.

3ème principe : pouvoir s’appuyer sur l’expertise professionnelle des travailleurs sociaux spécialisées dans ces questions et là, le bât blesse.  En avril 2005 le gouvernement de l’époque et notamment son ministre de l’intérieur a fait disparaitre  le service social d’aide aux émigrants (SSAE). C’est une expertise professionnelle de plus de 80 années d’expérience de travail social dans le champs de l’accueil des migrants et notamment des réfugiés qui a été rayée d’un trait de plume. Une perte qui n’aura jamais été compensée par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem) qui dépend directement de l’Office Français des Migrations Internationales. Non pas que les professionnel de ces institutions n’aient pas d’idées ni de valeurs à défendre, mais ils restent soumis à leur autorité, l’Etat, qui les oblige à un devoir de réserve qui semble difficile de contourner.

Pour conclure, je me prends à rêver aujourd’hui à l’existence d’un service social d’aide aux migrants et notamment aux réfugiés qui puisse s’appuyer sur le Droit international et apporter non seulement son aide professionnelle mais aussi puisse prendre position au nom du travail social en rappelant par exemple la nécessité d’appliquer la convention de Genève avec humanité. Tout cela est un vœu pieux bien évidemment. Mais cela renforce pour ma part mon désir de soutenir les associations qui comme le GISTI, France Terre d’Asile, le Réseau Education Sans Frontières ou encore Amnesty International tentent comme d’autres localement avec des moyens souvent insuffisants de faire entendre une autre voix  en aidant très concrètement à la résolution des situations  selon des critères éthiques éprouvés. Il me parait important que nous, travailleurs sociaux puissions nous engager auprès d’eux.

 

Note : j’avais rédigé cet article en septembre 2015. Il reste d’actualité d’où ce choix de vous le proposer à nouveau avec quelques modifications liés à l’actualité récente

photo Carl Osmond/Flickr. Some rights reserved.

 

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