L’insertion sociale, « mal aimée » des Départements ? Et pourtant.. Visite guidée à l’UFCV de Pornichet…

Avec le RSA, les Départements, ont mis en place des actions qui visent l’insertion sociale et professionnelle des allocataires. C’est la loi. Si l’insertion professionnelle reste très souvent valorisée et subventionnée, il n’en n’est pas toujours de même pour l’insertion sociale. Certains financeurs ont parfois tendance à « mettre la pression » sur les associations qui interviennent dans le champ de l’insertion sociale. Les raisons sont explicites : La rigueur budgétaire, les attentes de résultats et une participation significatives des personnes accueillies sont les 3 principaux ingrédients qui entrent en ligne de compte dans les décisions de subventionner des structures spécialisées qui rendent compte tous les ans de leurs activités. Certaines d’entre-elles sont désormais confrontées à de fortes diminutions de subventions. Plus radical encore, un Département du Sud de la France a cessé de financer les associations issues de l’éducation populaire, souhaitant réintégrer au sein de son offre de service la totalité de l’insertion sociale. Cela peut donner des idées à d’autres Départements. C’est à mon sens une erreur et voici pourquoi. 

J’ai récemment rencontré à l’occasion d’un journée portes ouvertes UFCV des bénévoles, leur animatrice Brigitte et des personnes qui perçoivent le RSA.  

« Ici, c’est l’humain avant tout » nous disent-elles. Les allocataires se sentent souvent déconsidérés et isolés. Déjà par le passé nous avions échangé sur ces 3 lettres « RSA ». Elles signifient pour beaucoup quelque chose dont on a honte et que l’on cache même à ses amis et à sa famille. Pourtant on ne le dira jamais assez : le RSA, c’est le Droit à l’existence et à la Solidarité. La société par le passé acceptait facilement cette logique. C’était considéré comme normal. Aujourd’hui, les personnes qui vivent des allocations sont présentées comme des « profiteurs ». Cela fait beaucoup de mal. Ce regard négatif provoque du stress et contribue à la dévalorisation des plus fragiles. Mais ici, j’ai pu le constater, c’est différent, le rythme de chacun est respecté, il n’y a pas de jugement posé.

Celles et ceux qui se retrouvent dans les activités proposées par l’UFCV à Pornichet, Guérande et Pontchateau trouvent là un lieu avec des activités liées à la créativité. En fait nous ne sommes pas dans de l’animation « classique ». Tout ou presque est co-construit. les animatrices proposent, les participants se déterminent et argumentent eux aussi sur des projets d’activités, du « faire ensemble ». La petite maison qui accueille les allocataires  est chaleureuse, il fait bon y prendre un café, avec le sourire et le plaisir de se parler. Mais cela va au delà le simple « bavardage ».

Vous le savez, la solitude est un fléau qui provoque des dégâts encore plus quand on manque d’argent et de moyens. Se retrouver à plusieurs est le meilleur rempart contre la perte de l’estime de soi et de ses capacités à agir. Aller dans un lieu ouvert comme cette maison est le premier pas qui permet d’avancer et d’aller plus loin. Certains participants sont passés par de sérieuses difficultés. Ici pourtant chacun se retrouve avec ses propres compétences et ses projets. C’est simple et sans complications.

C’est aussi ici non seulement un lieu qui permet de développer le lien social en allant vers les autres, mais aussi un lieu de citoyenneté. Je m’explique. Nous avons eu une discussion spontanée au sujet des problèmes de remboursement de soins et de la CMU. En clair, des médecins, notamment des spécialistes continuent de disqualifier la CMU. Certes ils n’ont pas le droit de refuser cette prise en charge, mais vraiment ce n’est pas avec la meilleure volonté qu’ils le font et « on vous le fait sentir ». Du coup les personnes sont gênées et n’osent pas dire qu’elle ont la CMU et n’ont pas à payer au moment des soins. Mais voilà, comme les spécialistes ont souvent des dépassement d’honoraires, il reste un complément à payer. Et là ça coince. Quand on est au RSA évidemment, on évitera d’aller se faire soigner avec tel ou tel médecin connu pour « ne pas apprécier (à défaut d’accepter) la CMU ». Cet échange rapide aurait mérité qu’on y réfléchisse un peu plus, mais déjà, le simple fait de partager à plusieurs une réalité permet de se déculpabiliser face à un système qui parfois fait tout pour vous montrer que vous êtes à la charge de la société. La citoyenneté c’est aussi pouvoir donner son avis sur ce que l’on vit et le partager. Puis bien sûr d’aller plus loin ensuite…

Nous avons aussi rapidement abordé les effets de l’émission « la rue des allocs » sur M6 qui n’a pas du tout été appréciée par les personnes présentes. « ça donne une mauvaise image de nous ». « On n’est pas comme ça ». Et c’est vrai que personne n’est comme ça dans la petite maison de l’UFCV. Il y a de l’envie de créer ensemble, de participer aux activités et d’agir positivement.

Ces lieux d’accueil et de partage  des allocataires du RSA sont des îlots de résistance. Ils  permettent de dresser des constats et d’agir. Ils permettent aussi de réfléchir ensemble, de comprendre ce qui se passe. Ce sont des lieux de respiration dans un monde parfois hostile aux plus fragiles. Ils sont le point de départ qui permet d’aller aussi vers d’autres institutions. Je repense à cette exposition réalisée l’année passée par les allocataires. Plusieurs CCAS avaient accueilli l’expo. Cela avait été vécu comme quelque chose de très valorisant.

Le grand projet actuel du groupe de Pornichet est de vouloir « changer l’image des gens au RSA » avec comme moyen la mise en ligne d’un blog accessible sur internet à toute personne qui a envie de s’informer. J’ai pu en lire les premiers articles. Pour cela, il a fallu que chacun s’approprie les techniques de création d’un site, mais aussi des choses plus basiques comme la maîtrise des logiciels..

Est-il utile de préciser que tous n’ont pas d’ordinateur ni encore moins d’internet ? Ici la fracture numérique n’est pas un concept vide de sens. C’est une réalité. Là aussi il faudrait échanger sur les moyens qui permettent de ne pas payer trop cher la connexion. Même si la fondation Orange est venu apporter certaines connaissances, plusieurs présents se désolent de tous ces services publics qui désormais demandent de passer par internet (La CAF, la sécu, pôle emploi…).  La maîtrise de l’internet ne va pas de soi. Il y a de l’entraide qui se met en place. Les allocataires les plus habiles sur ce sujet apportent leurs connaissance à celles ou ceux qui sont un peu « largués ».

J’entends ci et là des  professionnels s’interroger sur le bien fondé de financer de telles actions. Ce sont pourtant des lieux essentiels qui permettent à des personnes qui ont été « blessées par la vie » de se reconstruire, petit à petit. Nous avons tous besoin à certains moments dans notre  quotidien de refuges, de lieux pour nous ressourcer. La chaleur d’un foyer, nos lieux de travail, nos relations amicales et associatives, nos engagements nous aident à vivre et à surmonter nos doutes et nos inquiétudes.  Les actions collectives d’insertion sociale proposent des espaces similaires à ce dont toute personne normalement constituée à besoin : du lien social,  de la réalisation de projet, de la mise en situation, cela en toute protection. Pourquoi en priver celles et ceux qui en ont le plus besoin ? 

Photo : les participants à l’action UFCV de Pornichet devant quelques unes de leurs réalisations

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