Lettre ouverte d’un travailleur social américain à Donald Trump futur président des Etats Unis.

Cette lettre a été publiée par le Huffington Post, avant l’élection surprise du milliardaire américain. Elle nous permet de comprendre ce que peut ressentir un  travailleur social « thérapeute » qui intervient aux Etats Unis :

« Cher M. Trump,

J’espère que cette lettre vous trouvera en bonne santé. Je fais partie d’une profession étrange. Je suis un travailleur social. Ce qui rend étrange dans notre profession, c’est qu’en tant que groupe, nous avons souvent des réponses peu conventionnelles face aux expressions des sentiments des personnes que nous rencontrons. En fait, j’ai connu cela depuis ma prime jeunesse, bien avant que je devienne un travailleur social….

Plus précisément, j’ai connu cela autour d’un sentiment, celui de la colère.

J’ai remarqué que, souvent, lorsque quelqu’un se met en colère, la personne en face a tendance à se mettre elle aussi en colère. Chacun se fâche l’un contre l’autre. On parle fort puis viennent les cris. Parfois, l’homme en colère  devient violent – physiquement violent.

Revenons à mon comportement bizarre – Je me souviens avoir rarement  eu ce genre de réaction. Des gens se sont fâchés contre moi fréquemment. J’étais un considéré comme intelligent, j’avais tendance à chercher à être juste et je pouvais même être moraliste. Mais quand quelqu’un se met en colère, cela attise ma curiosité. Je me demande « Pourquoi est-il en colère ? » Peut-être suis-je ennuyeux avec cette question. Je me demande même d’où vient cette colère? Parfois, face à la colère j’ai répondu avec tristesse, ou avec des larmes.

Je vous écris parce que vous m’avez apporté de multiples réponses sur cette question.

Il ne s’agit pas de réponses politiques  : Je suis en désaccord avec la plupart de ce que vous préconisez.

Mais je suis surtout en désaccord pour des motifs éthiques et pratiques ( par exemple, Il est contraire à l’éthique  de dire que les Mexicains sont des violeurs et il est irréaliste de penser qu’un mur empêchera les Mexicains de venir aux États-Unis). Bon c’est vrai, il y a d’autres politiciens avec lesquels je suis en désaccord moralement, éthiquement, pratiquement, etc.

Voici ce qui m’amène à vous écrire : Quand je travaille avec des enfants (j’ai travaillé dans et hors l’aide sociale à l’enfance depuis huit ans maintenant), l’enfant dans mon bureau n’est pas celui qui est recueilli. Ce n’est pas lui qui est battu. Non, c’est le gamin qui dit les choses «mauvaises», celui qui est agressif. Celui qui jette des choses au professeur. Le garçon que nous appelons un «intimidateur».

J’ai été souvent  la cible de certaines intimidations grandissantes, mais sans excès car j’ai un ego assez sain pour résister. Bien sûr, Je sympathise naturellement beaucoup plus facilement avec le gamin qui est tranquille.

Mais je suis beaucoup plus préoccupé par le gamin qui est «mauvais», violent ou provocateur. Je me demande quel est son message derrière ses sarcasmes, ses insultes raciales, son homophobie, sa violence, sa hauteur.

J’ai appris, et cela n’a pas toujours été facile, à chercher le sens caché de ce type de  comportement, aussi horrifiant soit-il  pour les autres (ou pour moi).

Voyez, je vous l’ai déjà dit : Le travail social est une profession bizarre.

Alors quand je vous entends vous moquer de Marco Rubio, ou quand je vous entends parler de femmes comme si elles étaient réduites à leur cycle biologique, ou quand je vous entends être dédaigneux des autres ( « Vous êtes viré ! « ) Je l’avoue, je suis curieux. Qu’est-ce qu’il y a derrière ce besoin de considérer ainsi autrui ?

Et permettez-moi de dire que ce n’est pas seulement à votre sujet que je suis curieux, monsieur Trump. Je connais beaucoup de vos partisans. Je suis lié à plusieurs d’entre eux. Je suis vraiment, vraiment curieux de ce qui vous est arrivé à vous et à eux. Les gens semblent réagir fortement à la façon dont vous dites les choses. J’aimerai comprendre  pourquoi vous ressentez le besoin de dire les choses d’une manière aussi enflammée, clivante et dédaigneuse et hargneuse.

Particulièrement dédaigneuse. Pourquoi n’avez-vous pas une conversation avec des phrases où vous respectez l’autre personne qui vous parle ? Qu’y a-t-il derrière cela ?

Un artiste vous a dessiné avec un petit pénis. Je suppose que cela n’est  pas  bon. Mais comme vous avez tant de pouvoir, je peux aussi comprendre l’élan de certains de vouloir se moquer de vous ou de vouloir vous humilier.

Mais je ne comprends vraiment pas pourquoi, avec tout votre argent, avec tout votre pouvoir, avec tout votre statut vous, vous, vous et tous les gens  qui vous écoutent ont besoin d’humilier les autres.  Je dis humilier à défaut d’un meilleur mot, comme le mot « intimider ».

Je sais aussi que si je suis dans une conversation et que je suis en manque d’argument avec quelqu’un,  je ressens parfois le désir de lui dire quelque chose de tranchant ou de blessant. Si je le fais, c’est parce que je n’ai généralement pas d’arguments logiques à opposer.

Maintenant, je ne m’attends pas à ce que vous ayez la même volonté d’auto-réflexion continue que quelqu’un qui travaille dans le social ou est thérapeute – Pour ma part, il m’a fallu des années de thérapie pour me connaître assez bien pour savoir que ce désir d’être violent et agressif signifie toujours que j’ai « perdu »,  que je n’ai plus d’argument.

Donc, je ne vous tiendrai pas rigueur d’être comme cela alors que  j’aurais cette rigueur avec un autre travailleur social. Je suis vraiment, vraiment curieux.

J’ai aussi peur. Je crains que vous ne puissiez diriger le pays sans avoir cette réflexion personnelle.

Hillary Clinton,  quoi que  vous pensez d’elle,  est « auto-réfléchie ». Elle peut être une ambitieuse qui pour cela doit avoir un certain ego ce qui  n’est pas intrinsèquement une mauvaise chose, mais j’ai le sentiment qu’elle n’agit pas à partir   d’intimidation.

Avec vous, monsieur Trump, je m’inquiète que vous soyez dans une pièce avec des chefs d’État et que vous ayez besoin de vous réaffirmer au lieu de penser à nous.

Vous savez comment certains enfants ne veulent pas que papa vienne à l’école parce qu’il va exploser et se sentir insulté, rendant ainsi la classe plus difficile le lendemain pour le gosse ?

C’est la même chose avec vous

Mon dieu, que ferez-vous si Angela Merkel n’est pas d’accord avec vous ? Comment puis-je savoir que vous  n’allez pas perdre votre sang froid  Si vous ne pouvez pas gérer Marco Rubio (Marco Rubio!) comment pourrez-vous être dans une pièce avec Angela Merkel ? et avec Vladimir Poutine?

Je veux donc vous proposer un compromis.

Si vous acceptez de vous présenter au bureau, je vous accueillerai deux fois par semaine. Ce sera environ 90 minutes de votre temps, donc vous pourrez toujours diriger vos entreprises, influencer la politique, animer une émission de télévision. Nous pouvons  faire cela dans votre bureau, de mon bureau ou à distance.

Ce sera confidentiel. C’est juste une invitation, personne ne le saura – c’est la loi et c’est mon devoir éthique.

Je ne vais pas essayer de changer votre politique, ni-même vos croyances. Je veux juste vous aider à comprendre comment vous obtenez ce que vous souhaitez et ce que provoque votre façon de faire. Je travaille  ainsi sur les systèmes de relation. Nous allons pouvoir regarder et comprendre dans la discrétion comment vous, Donald Trump, affectez une autre personne. Ce sera en sécurité. cela va vous faire du bien et vous guérir. Et si dans quatre ans si vous décidez de concourir à nouveau, je vous le promets, vous n’aurez pas à  jouer les durs. Il n’y aura pas autant de pression que celle vous vivez probablement maintenant.

Vous pouvez être vous sans avoir à chercher à prouver à tout le monde comment vous êtes.

L’invitation est ouverte. Consultez mon site, www.ParkSlopeTherapist.com

Je peux aussi vous conseiller un collègue si vous préférez avoir à faire avec quelqu’un d’autre.

Merci de m’avoir lu.

Je vous souhaite le meilleur,

Justin Lioi »

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Counselor for Men

JLioiLCSW@gmail.com

www.parkslopetherapist.com

Twitter: @jlioilcsw

Note : certains aspects de la traduction sont imprécis ou approximatifs car certaines formules n’ont pas le même sens même si l’idée générale est là. Le texte en anglais est ici .

 

photo : PRO Gage Skidmore  Donald Trump speaking with supporters at a campaign rally at Veterans Memorial Coliseum at the Arizona State Fairgrounds in Phoenix, Arizona.

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