Quand la détresse arrive au centre médico social…

Madame s’est présentée à l’accueil du bâtiment accompagnée de ses 4 enfants, ( âgés de 15, 9, 7 et 3 ans). Elle a avec elle des bagages. Elle pleure. C’est son fils aîné qui se dirige vers l’accueil en demandant à voir une assistante sociale. Toute la famille est alors dirigée vers le centre médico social (CMS) tout à proximité. Le centre est à coté de la gare. Les arrivants le repèrent vite. C’est aussi là le premier accueil inconditionnel. Il fonctionne depuis que le CMS existe et il n’a pas fallu mettre en place de procédure pour que les plus « perdus » viennent là.

Madame est d’abord reçue par une secrétaire qui, devant la difficulté à communiquer (elle ne comprend pas le français), se fait aider par une autre collègue. Pour bien se comprendre, les questions se déroulent en partie avec des mots anglais et des mots espagnols. Devant la complexité de la situation, les deux secrétaires demandent à un travailleur social de recevoir la dame et les enfants. Une assistante sociale qui constate l’absence de son rendez-vous de 14h propose de la recevoir. Il en ressort que Mme, de nationalité Nigérienne, vit depuis 10 ans environ en Espagne, ses deux aînés ont la nationalité Nigérienne, ses deux jeunes enfants ont la nationalité espagnole. Elle a voulu venir en France pour des raisons d’ordre économique, elle serait arrivée par avion et se serait fait « offrir » des billets de train pour venir ici. L’assistante sociale comprend qu’elle a bénéficié d’un hébergement d’urgence pour une nuit mais qu’elle n’a rien pour le soir. L’a.s.  appelle le 115, réponse négative pour un hébergement parce que Mme était censée aller la veille dans une ville voisine où se trouve une association spécialisée. le 115 avait expliqué que le financement de la nuit précédente était exceptionnel, elle devait se rendre dans la ville voisine.

L’assistante sociale appelle l’ambassade d’Espagne qui la renvoie vers l’ambassade du Niger. Celle-ci conseille de solliciter des associations caritatives pour l’aider à rejoindre l’Espagne où elle a un titre de résidence. Il est environ 15h45, Mme somnole sur une chaise. Elle paraît épuisée. l’assistante sociale et son encadrante lui demandent si elle a mangé. Elle fait comprendre que ce n’est pas le problème. elles insistent pour savoir si les enfants ont mangé. Devant sa réponse négative, elles appellent une association caritative qui distribue des denrées alimentaires jusqu’à 16h. Les bénévoles sont encore là, ils acceptent de préparer des denrées consommables sans avoir besoin de les réchauffer.

Il est convenu qu’un travailleur social accompagne Madame aller chercher la nourriture pendant que l’assistante sociale appelle le CHRS. Ele se montre réticente dans un premier temps pour aller dans les locaux de l’association caritative. Nous comprenons qu’elle a peur de ne pas retrouver ses enfants à son retour. Il lui est expliqué qu’elle n’a pas à avoir de craintes et finalement elle accepte. De retour au CMS, madame dépose les 2 sacs de nourriture dans la salle d’attente et montre à ses enfants ce qu’ils contiennent. C’est elle qui leur donne la nourriture qu’elle est allée chercher. Les enfants se précipitent. Visiblement ils avaient faim. Ils dévorent les sandwichs et la compote de pomme.

Entre temps l’assistante sociale a eu un échange téléphonique avec le responsable du CHRS. Sans surprise, elle s’en doutait,  il refuse d’intervenir sur une nuit supplémentaire et reprend les arguments du 115. Il précise qu’il a eu connaissance d’un financement possible par une association caritative sur le billet de retour dans le Pays d’où elle est partie. Mme explique ensuite qu’elle n’a pas du tout d’argent. Or les travailleurs sociaux des CMS n’ont pas les moyens financiers d’urgence. Finalement après bien des hésitations; elle décide prendre le train avec ses 4 enfants et se rendre à l’adresse qui lui a été donnée dans la ville voisine. Il lui est précisé que si jamais elle se retrouve à la rue, elle doit se rendre au commissariat pour bénéficier d’un hébergement en urgence pour elle et ses enfants.

Madame ne manifestera pas de déception, elle remerciera même l’assistante sociale en la serrant longuement dans ses bras, avec un sourire las puis elle ira retrouver ses enfants dans la salle d’attente. Ceux-ci ont attendu pendant plusieurs heures sans manifester aucune impatience. Ils ont eu besoin de voir le bureau où était reçu leur mère et ils ont ensuite patienté calmement. La famille est repartie par le train malgré son incapacité à régler le billet. Bien obligé, aucune structure ne voulait ni ne pouvait l’accueillir.

Depuis les assistantes sociales et les secrétaires de l’équipe pensent à elle. Elles pensent à cette détresse sans nom et elles aussi se sentent toutes aussi démunies…

Pendant ce temps là des élus se mobilisent dans plusieurs régions pour que leur commune n’accueille pas de réfugiés ni de migrants. C’est en France en 2016. L’histoire retiendra ces prises de position et ce que nous faisons aujourd’hui avec ces populations en errance. Je ne pense pas qu’il y ait là de quoi en être fier.

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