Le « tourisme social » un curieux détournement qui stigmatise les étrangers européens qui viennent travailler en France..

Vous avez sans aucun doute entendu le terme de « tourisme social » utilisé pour désigner tout étranger européen qui viendrait en France pour venir toucher des aides sociales. Or la Cour de justice européenne a établi un lien direct entre droit de séjour et droit à bénéficier  des prestations sociales dans un pays. En clair, Il est  énoncé le fait qu’un ressortissant d’un pays de l’Union européenne ne respectant pas toutes les conditions ouvrant à un droit de séjour dans un autre pays européen peut s’y voir refuser des prestations sociales au motif notamment qu’il ne recherche pas de travail. C’est donc tout le contraire qui est affirmé. Les étrangers européens viennent en France pour travailler et à l’inverse de nombreux français partent travailler à l’étranger.

Il serait donc question de « tourisme social ». Curieux détournement de termes. Nos concitoyens européens les plus pauvres feraient donc comme les plus riches : du tourisme. Mais pourtant le dictionnaire Larousse nous rappelle que le tourisme est « l’action de voyager, de visiter un site pour son plaisir« . il regroupe l’ensemble des activités, des techniques mises en œuvre pour les voyages et les séjours d’agrément. »

Nous aurions donc là des plus pauvres qui, pour le plaisir ou plutôt pour des convenances personnelles, et non la nécessité, organiseraient des voyages et des séjours « d’agrément » dans l’unique objectif de percevoir des aides sociales. Le plaisir qui va se nicher on ne  sait où dans ces situations de misère. cacheraient avec un nouveau risque depuis longtemps dénoncé par les tenants de l’extrème droite puis de la droite dite dure : celui de l’invasion d’immigrés qui viendraient « profiter » de leur système social. Rappelons quen Suisse ce sont d’ailleurs les Français qui « volent » le travail des « autochtones ». Mais ce n’est pas tout à fait la même chose direz-vous. Avec d’un coté des étrangers qui ne travailleraient pas en France et profiteraient des aides sociales et de l’autre des français qui eux travaillent à l’étranger en profiteraient de salaires plus élevés.  Dans les 2 cas les « autochtones » voient d’un très mauvais œil ces étrangers qui profiteraient d’un système qui leur est réservé.

Selon un rapport réalisé en 2013 pour la Commission européenne, les immigrés intraeuropéens viennent principalement pour travailler. Les immigrés européens inactifs ne représentent que 0,7 à 1 % de la population totale de l’UE. L’étude souligne que les ressortissants d’autres pays membres ont un taux d’emploi supérieur à la moyenne, et perçoivent moins d’allocations que les nationaux. Par ailleurs, un récent rapport de l’OCDE note qu’au sein de l’Europe, les migrants contribuent plus en impôts et cotisations sociales qu’ils ne coûtent en prestations. Le « tourisme social » qui vise à « profiter » des aides n’existe pas.

La réalité est toute autre : Si les discours se multiplient, rien ne permet de constater cette notion de « tourisme social ». « C’est surtout un concept créé de toutes pièces par les courants d’extrême droite et repris en boucle par les commentateurs politiques », estime l’organisation France terre d’asile.

Voilà comment fonctionne notre système d’information : Vous reprenez un terme qui rend « péjoratif » un concept issu des avancées sociales et du tourisme populaire, vous l’accolez à une idée qui n’est qu’un fantasme (l’invasion d’étrangers européens visant à dépouiller des « bons » nationaux qui cotisent et travaillent)  et vous y ajoutez un fait d’actualité qui a rapport avec le sujet et vous obtenez un nouveau concept utile et facilement compréhensible par tous. C’est ainsi que les idées reçues et les mécanismes d’exclusion fonctionnent. Ils sont renforcés par un langage inventé  par nos penseurs populistes qui « surfent » sur les peurs et les fausses idées qui ne servent que leurs intérêts.  Le plus désolant, c’est que cela marche et que, peut être votre voisin vous parlera un de ces jours de ces touristes sociaux qui viennent « manger le pain » des français.

Pourtant le « vrai » tourisme social existe bien et il est fort différent de celui qui est présenté aujourd’hui : comme le précise le site du ministère de l’économie il a pour objectif de permettre à chacun de partir en vacances et de pratiquer des activités de loisirs.

Note : j’ai repris et actualisé un article que j’avais rédigé en novembre 2014. Il me semble que le sujet reste d’actualité.

photo : pixabay

 

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