De retour de vacances, une bonne résolution : prévenir l’usure professionnelle qui nous guette…

Revenant de vacances je suis, à priori, en forme pour reprendre le travail. Mais face à l’ampleur des tâches et du nombres de messages mails que je dois « ingurgiter » et traiter, il m’apparait utile de prendre vite de bonnes résolutions pour lutter contre ce que l’on appelle le stress professionnel. C’est une réalité que rencontrent beaucoup plus de travailleurs sociaux qu’on ne le pense. Nous sommes tous concernés et, même si cela peut affecter toutes les catégories de salariés et de dirigeants, les professionnels de l’aide et du soin sont souvent en première ligne sur ce sujet…

En fait, nous serions en France, champions du stress au travail, une bonne raison de s’en protéger. Le Ministère du Travail, conscient de ce problème a mis en ligne le 21 mai 2015  un « guide d’aide à la prévention » que vous pouvez trouver ici . De son coté, L’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale avait réalisé en 2007 une étude sur ce phénomène. La question posée est aussi de savoir si le mécanisme d’usure professionnelle des travailleurs sociaux est spécifique au modèle français d’organisation du travail social ou s’il s’inscrit dans un champ plus large, celui des conditions de travail subies au regard d’organisations de services à interroger.

L’ANAS  avait abordé  cette question dans sa dimension internationale ainsi qu’en mars 2005 lors de ses 54ème journées d’étude du service social du travail. Philippe Davezies1 qui a beaucoup travaillé cette question explique que le stress au travail est désormais fréquemment lié à des mécanismes psychologiques provoqués par des conflits éthiques. Une hypothèse peut ainsi être posée. Partant du constat que le travail prescrit est en forte augmentation, il existe un combat de valeurs entre ce que le professionnel estime être un travail « bien fait » et le travail prescrit par un management qui ne s’appuie pas sur les mêmes priorités que celles portées par le professionnel.

Selon un sondage CSA réalisé en juillet 2000, “trois salariés sur quatre se disent concernés” par le stress, en particulier en raison d’une surcharge de travail, de délais difficiles à respecter, d’exigences de plus en plus fortes de clients ou une cadence trop rapide. L’usure professionnelle issue de ce stress concerne toutes les professions. Pour autant les travailleurs sociaux sont non seulement en risque d’usure professionnelle pour ces raisons mais aussi pour d’autres qui ont trait à la spécificité de leur positionnement au travail.

En fait dans tous les métiers, il existe un écart entre le travail prescrit et le travail réel2. D’un certain point de vue et même si cela peut paraître paradoxal, les professionnels développent une « éthique » du métier relevant d’une volonté de travailler « dans les règles de l’art ». Dans ce domaine, les travailleurs sociaux sont comme tous les professionnels de l’aide et du soin confrontés à la question du sens de l’acte posé.

 En effet les travailleurs sociaux ne se contentent pas « d’exécuter » le travail prévu, Ils ne suivent pas de simples modes opératoires. Ils sont également capables d’investir le travail, de le réinterpréter pour créer leur propre travail dans la réalité et l’articuler au plan collectif.  Or les travailleurs sociaux investissent ce travail de diverses façons selon notamment différentes logiques de positionnement.

Brigitte Bouquet3 dans ses travaux sur l’éthique rappelle les 4 principaux modèles  de positionnement des travailleurs sociaux4 : le technicien expert, le salarié exécutant, le médiateur accompagnateur et le salarié militant. Chaque professionnel selon les situations rencontrées oscille entre ce différents modèles même s’ils ne se reconnaît parfois que dans un seul d’entre eux.

 L’hypothèse que j’avais posé à l’époque  était  la suivante : L’usure professionnelle est d’autant plus fréquente que le professionnel ne peut plus respecter le modèle professionnel auquel il se réfère. Il est alors traversé par un conflit interne qui le mine et qui l’atteint dans son identité.  Selon les stratégies qu’il met en œuvre et les soutiens qu’il trouve, il résiste et peut même éviter cette usure professionnelle. Mais lorsqu’il ne peut disposer d’un étayage suffisant sur le modèle qui structure son action, il est traversé par les symptômes de l’usure. Le burn-out semble souvent survenir tout d’un coup, pourtant il est le résultat d’un processus lent, d’une tension continue durant de longs mois ou années jusqu’à l’épuisement. C’est pourquoi il est important de savoir déceler les symptômes annonciateurs et agir de façon préventive.

C’est un enjeu important. Les professionnels ne peuvent ni ne doivent ignorer ce phénomène qui tend à se banaliser et fait souvent porter sur la personne seule la responsabilité de son état. C’est pourquoi  les associations et les syndicats doivent pouvoir se pencher sur cette question en alertant les pouvoirs publics et les employeurs de la nécessité de prendre en compte de façon globale le burn-out. Il s’agit aussi de produire de la connaissance sur le sujet afin d’éviter qu’il ne se développe de façon inconsidérée.

Je vous invite donc à creuser ce sujet, car nul n’est à l’abri de ce phénomène.   Pourquoi ne pas méditer cette phrase de Voltaire ? «J’ai décidé d’être heureux car le bonheur est bon pour la santé.» Que dire de plus ? Ah oui, selon l’adage, « Prévenir vaut mieux que guérir » !

1 Enseignant chercheur en médecine et santé au travail, Université Lyon I

2 Clot Y., 1999, La Fonction psychologique du travail, Paris, PUF.

3 de formation initiale assistante sociale Brigitte Bouquet est ancienne titulaire de la Chaire de travail social au Conservatoire National des Arts et Métiers. Auteur du livre « Éthique et travail social : Une recherche du sens »

4 N°210 de la Revue Française de Service Social « éthique et travail social » in « travail social, le grand chambardement »

Photo : LicencePaternité Certains droits réservés par gratisography

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