La co-construction une pratique de travail social pour mieux « vivre ensemble »

Le terme de co construction est apparu dans le langage professionnel des travailleurs sociaux  depuis le début des années 2000. Il a été principalement porté par les promoteurs d’action collectives et partenariales. Il n’appartient pas spécifiquement au travail social et semble être devenu, avec une part d’effet de mode, un élément de langage positif, revendiqué aussi bien par les professionnels, les élus que par les chefs d’entreprises.

Selon Madeleine Akrich1 la co-construction a fait irruption de manière récente dans le langage courant : « utilisé dans la presse écrite une fois par an avant 2003, une fois par mois en 2005, il apparaît presque quotidiennement depuis 2013.

Ce terme est loin d’être spécifique au travail social. Ainsi par exemple le MEDEF valorise cette pratique dans une fiche technique. Ce concept prend alors un autre sens : « C’est le transfert par le dirigeant, à un groupe de travail, du processus de décision, dont il a préalablement défini l’objectif et le cadre . » Considérer la co-construction comme un outil de mise en œuvre et de déploiement d’une décision de dirigeant peut interroger le sens et les finalités de ce terme

Co-construction est un terme composé. co-, un élément issu du latin cum qui signifie «avec, ensemble » et construction qui, hors le domaine du bâtiment, est « laction qui permet de composer, d’élaborer un ensemble (œuvre, théorie, etc.), d’en agencer les divers éléments

Construire ensemble : une pratique du travail social.

Construire ensemble, que ce soit un projet, une décision, un choix d’orientation en associant la personne concernée est une pratique courante et usuelle de travailleur social.

Nous ne pouvons que constater que les pratiques de co-construction sont des pratiques mises en œuvre en travail social depuis fort longtemps que ce soit dans l’accompagnement individuel que collectif. En effet dans le processus d’aide, nous passons de l’évaluation diagnostique à l’élaboration d’un projet d’intervention qui passe par la mise en œuvre d’un projet commun avec la personne2. Ce projet commun est la résultante du projet du travailleur social issu de son analyse de la situation et du projet de la personne qui, tout en demandant de l’aide, a bien son idée sur ce qu’elle souhaite engager pour elle

.Mais la co construction se développe aussi dans les actions collectives. Faisons un détour par ce qu’elle peut nous apporter. Lors d’une récente rencontre j’ai pu interroger Bertrand Ravon3 sur ce terme de plus en plus utilisé. Le sociologue a introduit plusieurs éléments qui me paraissent intéressants à vous soumettre. Avec ce terme, nous serions dans « l’art d’articuler toutes les personnes dans une coalition de causes » c’est le passage du « je » (le sujet) et du tu (l’interlocuteur) au nous.

Aller vers la co-construction : Un mouvement inéluctable ?

La co-construction s’inscrit aussi dans ce que certains appellent l’ère du partage. C’est dans l’air du temps et cela préfigure aussi de nouveaux modèles économiques avec de nouveaux services. Le « co » est à la mode. Du co-voiturage, au co-jardinage et la co-construction d’une maison, les sites de partage fleurissent et se développent en réponse à une demande toujours plus forte. Il s’agit d’apporter des réponses de proximité face à des modèles qui s’essoufflent et coûtent cher. L’alternative du « Share » pour faire face à la vie chère permet de réelles économies en créant du lien. Le travailleurs sociaux s’ils sont à titre personnel inscrits dans cette dynamique n’y font pas appel avec les personnes qu’ils accompagnent. C’est pourtant une piste qui serait utile d’explorer.

Roland Janvier nous parle lui aussi de la co-construction. Il en est un fervent promoteur : « Le professionnel n’est plus dans la position d’un expert qui décide à la place d’un bénéficiaire. Deux personnes sont côte à côte et non plus face à face : le professionnel qui a des compétences spécifiques, l’usager qui a ses compétences propres, irremplaçables. Ces deux personnes ne peuvent pas être à l’unisson mais de leur rencontre, du débat entre leurs deux perceptions naitra un projet commun. Mais pour cela, il faudrait que le professionnel soit sécurisé dans sa posture ».

De tout temps les travailleurs sociaux ont su s’adapter et trouver des réponses avec les personnes qu’ils accompagnent ou qu’ils aident ponctuellement. La co-construction n’est pas, pour grand nombre d’entre eux, une nouvelle façon d’agir. Le jeunes professionnels et les étudiants doivent toutefois aujourd’hui s’approprier ce concept et le traduire dans leurs pratiques. En effet la posture d’alliance si elle est valorisée, ne suffit pas. La co-construction peut s’opérer dans le maintien d’une « bonne distance ». Chacun, de sa place, peut mettre en œuvre l’art du compromis sans aller jusqu’à la compromission, c’est à dire jusqu’à la négation de sa place pour satisfaire de façon illusoire son interlocuteur. La co-construction permet de se mettre d’accord sur des objectifs et des moyens à prendre pour les atteindre. Maintenant que cette pratique est entrée dans le langage institutionnel, les travailleurs sociaux peuvent l’utiliser et s’en saisir pour expliquer leurs pratiques. Des pratiques qui seront tout autant respectueuses des règles éthiques et déontologiques à l’égard de leurs collègues, des employeurs et des personnes accompagnées.

Si vous souhaitez en savoir plus,, je ne peux que vous recommander le dernier numéro de la revue française de service social (RFSS) « l’Intervention Sociale d’Intérêt Collectif, des pratiques actuelles à l’intelligence collective« 

1 Madeleine AKRICH, « Co-construction », in CASILLO I. avec BARBIER R., BLONDIAUX L., CHATEAURAYNAUD F., FOURNIAU J-M., LEFEBVRE R., NEVEU C. et SALLES D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, ISSN : 2268-5863.  http://www.dicopart.fr/es/dico/co-construction.

2 CRISTINA DE ROBERTIS, Méthodologie de l’intervention en travail social ÉD. BAYARD, 2007 (399 P. ; 29 €)

3 BERTRAND RAVON sociologue est l’auteur avec JACQUES ION de l’ouvrage « les travailleurs sociaux » dont la 8ème édition est parue en 2012 aux édition La découverte. Il a signé de nombreux articles dont « Refaire parler le métier Le travail d’équipe pluridisciplinaire : réflexivité, controverses, accordage »

photo :  LaurPhil  « les maçons »   le 25 février 2013 Certains droits réservés

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