Comment analyser en tant que travailleur social le comportement des auteurs des attentats de Paris ?

C’est le sujet que nous avions choisi d’aborder  lors d’une rencontre ANAS à Nantes où nous étions plusieurs assistants sociaux à avoir choisi d’échanger sur ce thème. Voici quelques extraits du texte préparatoire à cette rencontre.

Les attentats survenus à Paris reflètent ce qui pour nous est l’opposé même du principe d’humanité c’est à dire a reconnaissance de l’autre comme personne porteuse d’une identité qui lui est propre, et qui en toute circonstance mérite le respect.

Nous sommes blessés au plus profond de nous même car ces actes touchent l’essentiel de ce qui structure nos professions et les valeurs qu’elles portent : Celles du respect de l’autre, des différences, de la nécessité de secourir, protéger et aider les plus faibles sans apporter de jugement sur leurs façons de vivre et sur ce qu’elles pensent et expriment.  En tuant indistinctement des personnes de toutes cultures, confessions, origines et parcours, les adeptes du Jihad radical nous rappellent que les valeurs de la déclaration universelle des droits de l’homme que nous portons aussi bien en tant que citoyen que professionnel ne sont pas partagées au point que certains veuillent les détruire.

Une des postures du travailleur social consiste à ne pas se laisser emporter par ses émotions même si elles existent. Il s’agit de les repérer et de pouvoir faire appel à la raison. Ainsi, passé le choc émotionnel de tels actes, nous souhaitons comme beaucoup de nos concitoyens comprendre les causes d’une telle barbarie

Que nous dit la raison ? Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses en partant de notre expérience.  Il ne s’agit pas de construire une analyse politique et géostratégique dans lesquels se sont déroulés ces attentats, mais, à partir de notre compréhension du comportement humain dans un contexte sociétal, de tenter de comprendre par quel processus une personne peut en arriver à accepter ces principes d’inhumanité.

Voici 5 hypothèses qui pourraient être interrogées :

1ère hypothèse : Nous avons affaire à des personnes qui ont des troubles d’ordre psychiatrique. Nous constatons dans notre travail que les personnes qui passent à l’acte violent sont souvent aveuglées. Elles ont construit leurs propres compréhensions du monde en dehors de ce qui fait sens commun dans la société. La personne schizophrène en crise peut passer à l’acte. La paranoïa peut provoquer des réflexes de peur mais aussi de haine et fort heureusement, toutes les personnes victimes de ces maladies ne sont pas dangereuses même si parfois elles le sont plutôt pour elles mêmes.

2ème hypothèse : Les auteurs des attentats sont sous emprise. Nous rencontrons parfois des sujets sous emprise, intégrées dans la société, mais qui développent la aussi des discours et tentent de nous convaincre du bien fondé de leurs croyances. Ainsi par exemple, les sectes développent des stratégie qui visent à créer un autre monde auquel celui qui n’adhère pas est exclu parfois de façon violente. L’utilisation de drogues tels les psychotropes à fortes doses peuvent aussi aider à perdre le sens du réel et leur permettent de « passer à l’acte ».

3ème hypothèse : Un « vide existentiel » aurait été rempli par une idéologie qui progressivement a conduit le sujet à aller dans une direction dangereuse pour lui et les autres. Comment, au regard de l’histoire, tant de personnes ont-elles pu accepter le nazisme et le principe d’inhumanité qui s’est traduit par la volonté d’exterminer la population de confession juive  ? La force d’une idéologie combinée à des techniques de manipulations de masse nous ont démontré par le passé leur puissance destructrice à l’encontre du genre humain.

4ème hypothèse : Serions nous effectivement entrés dans une guerre de religions où des extrémistes d’une idéologie analysant faussement les préceptes religieux souhaitent éliminer ceux qui ne pensent pas comme eux ? L’histoire de France est là pour nous rappeler la Saint Barthélémy qui a opposé dans le sang les catholiques et les protestants

5ème hypothèse qui est actuellement donnée : Serions-nous face à une alliance entre délinquance, prétexte religieux, et volonté de vengeance contre une société devenue tellement intolérable pour certains qu’il faut en détruire les fondements ?

Ce ne sont que des hypothèses pour tenter de trouver des explications sur des actes si barbares qu’ils ont provoqué une sidération. Il nous faut faire attention aux fausses bonnes réponses à ces questions. En tout cas ne tirons pas de conclusions hâtives. Comprendre n’est pas accepter. Ecouter et  reformuler ne signifie pas adhérer, Ne pas juger ne veut pas dire cautionner. Il nous faut être ferme et déterminé sur le valeurs qui nous animent en tant que professionnel, ne pas nous laisser emporter par nos émotions mais au contraire faire appel à notre raison pour combattre l’ignorance mais aussi l’inhumanité de ceux qui mettent en avant l’exclusion et de rejet de l’autre. Quant à la violence, que vous dire si ce n’est que les travailleurs sociaux sont d’abord et toujours des gens de paix ?

 

Photo : Maya-Anaïs Yataghène  Paris Shootings : The day after   Le Petit Cambodge / Carillon   le 14 novembre 2015  Certains droits réservés

 

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