Comment comprendre cette barbarie ?

Le fanatisme nous a montré  ce vendredi  son visage, celui de l’inhumanité qui ne respecte pas la vie de qui que ce soit au nom d’une cause qui ne sert qu’à masquer une profonde lâcheté. Car qu’y a t-il de plus lâche que de prendre une arme de guerre et tuer des personnes pacifiques venues boire un verre à la terrasse d’un café ou venues assister à un concert ? Aucune raison ne peut justifier cette barbarie qui nous renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire. Je me permets de réagir de ma place de travailleur social. C’est peut être excessif ou insuffisant estimeront certains, mais tant pis, c’est aussi ça la liberté d’expression. Mais quoi de plus terrible que ce qui s’est passé quand on est travailleur social et que l’on agit pour le mieux vivre ensemble, le respect de chacun et la cohésion sociale ?

Le Droit à la sécurité est menacé. Inscrit dans notre constitution, c’est un des fondements mêmes de la République qui est attaqué, celui qui permet de vivre ensemble en harmonie dans le respect de nos différences  qu’elles soient culturelles sociales ou politiques.  Une fois passé le choc, comment nous rendre utile ?

D’abord ne pas céder à la peur, ne pas alimenter notre stress avec ces images qui tournent  en boucle dans les médias qui nous montrent la désolation mais aussi heureusement, notre solidarité avec les victimes. Il ne s’agit pas de détourner la tête et de nier la réalité, mais ceux qui veulent nous détruire n’attendent que cela. Que nous soyons marqués, apeurés, stressés et que cela amplifie ce qu’ils considèrent comme une grande victoire. A aucun moment ce mouvement de fanatiques ne pourra entamer notre volonté de vivre ensemble avec nos valeurs démocratiques qui nous permettent de dire haut et fort ce que chacun de nous pense même si nous sommes parfois en désaccord les uns les autres.

Réagir ensuite partout où nous intervenons. Nous sommes des travailleurs sociaux. Des professionnels, des bénévoles aussi  qui ont une même volonté, celle de permettre le « bien vivre ensemble » dans le respect des différences.  Car ces actes d’une profonde lâcheté vont sans doute provoquer des réactions de méfiance et de défiance vis à vis de certaines populations.

  • Vis à vis des réfugiés : Pouvons nous comprendre qu’ils sont des victimes des mêmes fanatiques que ceux qui ont agi vendredi ? Certains de nos compatriotes ont vécu à Paris les mêmes peurs et les mêmes angoisses que celles et ceux qui ont fui leur pays. D’autre en sont morts comme cela est le cas en Syrie. Nous devons accueillir et protéger ces victimes d’une guerre qui nous montre là son vrai visage, celui de la barbarie.
  • Vis à vis des personnes de confession musulmanes. L’immense majorité d’entre-elles est consternée et ne peut reconnaître dans ce fanatisme les valeurs qui les animent : la tolérance, le respect de l’autre, de la vie…

Il va nous falloir expliquer auprès des personnes les plus fragiles que nous accompagnons que  ces barbares sont une infime minorité au regard des millions que nous sommes. Non la France n’est pas envahie. Non, tous les étrangers ne sont pas dangereux, ce ne sont que quelques dizaines de personnes qui se sont préparées à tuer de façon indistincte.  Ces quelques fanatiques n’ont aucun respect pour la vie, même pour la leur. Certes, ce n’est pas rien mais il faut garder raison sans en banaliser les conséquences.

Cela ne peut que nous rendre aussi intransigeant, intransigeant avec celles et eux qui distillent à leur manière des idées de haine, celles et ceux qui n’ont rien compris et qui utilisent toutes les thèses complotistes et parfois surréalistes pour instiller le doute et finalement pour s’en prendre à nos valeurs. Dans les réseaux sociaux, dans nos conversations, nous devons réagir fermement et sans concession face à ceux qui tenteront de justifier ces tueries même si cela sera dit plus par bêtise ou pour provoquer gratuitement.

Il va sans doute aussi  falloir reprendre le dialogue et revenir sur ce qui s’est passé avec les jeunes et notamment les adolescents en recherche de repères qui  peuvent être des proies faciles pour les « endoctrineurs » de toutes obédiences. Ce ne sera pas en se tournant vers les extrêmes non plus – et je pense à l’extrême droite dont certains pourraient être tentés – qui résoudra le défi auquel nous sommes confrontés.

Pour ma part je crois dans les vertus d’une police républicaine qui fait son travail sans relâche en vue de rendre ce monde plus sécurisant et qui agit pour mettre hors de nuire ceux qui veulent détruire notre pacte républicain. Si nous sommes divisés, il auront encore le sentiment de « gagner ». Nous devons faire « front commun » mais sans tomber dans les excès ni l’angélisme. Certains excès sécuritaires vont être rendus possibles. Mais comment faire autrement ? L’Etat de Droit doit continuer à être respecté car il ne faudrait pas que des excès sécuritaires provoquent un effet inverse à celui recherché : une radicalisation de ceux qui finalement ne l’étaient pas mais le deviennent après avoir eu le sentiment d’avoir été traités de façon injuste et brutale.

En tant que travailleurs sociaux nous croyons à la force du dialogue même si nous ne pouvons que constater que nous ne pouvons pas grand chose lorsque une personne est enfermée dans sa folie et qu’elle ne voit le monde qu’à travers son délire de persécution. Mais tant que cela est possible, il s’agit de garder le contact, d’échanger mais aussi de convaincre celles et ceux qui s’égarent en leur offrant un autre modèle et des perspectives. Un modèle empreint de tolérance et de respect de chacun dans ses différences. Nous avons des valeurs à transmettre et ne pouvons transiger sur ce sujet essentiel.

Photo issue du site de la pétition « not afraid »

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