Comprendre la volonté de suicide chez personnes accompagnées : 4 fausses idées…

Le choix de mettre fin à ses jours est une des réponses que trouvent des personnes désespérées. Qui dans sa pratique professionnelle n’a jamais rencontré de personne souhaitant en finir avec la vie ? les travailleurs sociaux sont régulièrement confrontés à cette réalité. C’est un sujet souvent difficile à aborder. Il nous faut à ce sujet déconstruire des mythes ou si vous préférez des idées reçues, car quoi que l’on en pense, il est possible d’agir avant l’acte fatal.Certes, il y a des situations où finalement malgré toute notre volonté et sollicitude la décision de la personne est plus forte que tout mais ces cas sont minoritaires. J’avais traité ce sujet dans un article un peu ancien grâce à un entretien avec Viviane Janouin Benanti auteur de « Suicide : mode de prévention » mais il peut être utile d’aller un peu plus loin sur ce sujet particulièrement délicat.  Les statistiques montrent que près de 40.000 personnes meurent de suicide aux États-Unis chaque année. Elles sont près de 10 500 en France. Dans le monde, plus de 800 000 personnes meurent de suicide par an, soit une personne toutes les 40 secondes. C’est ce que révèle le premier rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la prévention du suicide, publié le 10 septembre 2014 : « Prévention du suicide : l’état d’urgence mondial ».

Si le suicide a un effet radical sur la personne, la mort d’un proche qui a décidé de « partir définitivement »  impacte aussi l’environnement proche de la victime (faut-il parler de victime ?). Il y a la famille mais aussi les collègues de travail, de réseau associatif ou amical. Une disparition brutale n’est pas dans l’ordre des choses. Elle affecte beaucoup de monde et certains pensent alors qu’il ne faut pas en parler comme si ce sujet était tabou tellement il est difficile à comprendre ou à expliquer.

Ce que nous a appris notre pratique professionnelle.

Il nous faut déconstruire des idées reçues :

  1. Quand on a tenté une fois de se suicider, on ne recommence pas : C’est faux. Certes, la tentative est un appel qui peut parfois provoquer une prise de conscience, mais  dans la majorité des situations une tentative qui n’a pas aboutie si elle n’est pas prise en compte soit par une thérapie soit par un traitement médical a de fortes probabilités de se traduire par une nouvelle tentative. En ce sens je pense qu’il nous faut considérer la personne comme étant en danger.
  2. Rien ne peut arrêter quelqu’un qui a décidé de se tuer : c’est faux.  La plupart des personnes qui pensent au suicide ne veulent pas mourir;  elles veulent simplement mettre fin à une douleur qu’elles éprouvent et qui est parfois insupportable. Même s’il existe  certaines situations où personne ne pouvait prédire un suicide, dans la plupart des cas, si l’aide et le soutien nécessaires lui sont apportés, la personne peut revenir sur sa décision et le résultat tragique peut être empêché. Les personnes qui sont suicidaires peuvent changer d’avis; La thérapie, la présence active auprès du sujet et un encouragement inconditionnel, et le soutien d’un psychiatre peuvent tous les aider.
  3. Demander à quelqu’un s’il se sent suicidaires ou s’il a pensé au suicide peut encourager les tentatives. c’est faux. Le fait d’avoir  une conversation sérieuse sur le sujet avec quelqu’un ne crée pas ou n’augmente pas le risque de décès. Au contraire, en parler  peut effectivement aider à réduire le risque. Le moyen le plus approprié d’identifier la possibilité d’un suicide est de poser directement la question. Discuter ouvertement dans une écoute active de la personne peut être aussi une source de soulagement.  Cela peut aussi permettre de prévenir un risque immédiat. C’est le premier pas pour aller vers une aide.
  4. C’est un phénomène suffisamment rare qui ne justifie pas forcément d’en parler : là aussi c’est faux.   Chaque année, comme précédemment indiqué, près de 10 500 personnes meurent par suicide, ce qui représente près de trois fois plus que les décès par accidents de la circulation. Entre 176 000 et 200 000 tentatives de suicide sont prises en charge chaque année par les urgences hospitalières. Pourtant on parle beaucoup plus dans les médias des accidents de la circulation mais on ne dénombre pas le nombre de personnes qui se suicident au volant.

Au final c’est aussi en parlant avec les personnes concernées que l’on parvient à mieux  comprendre la question, tout en agissant préventivement auprès d’elles.  Il reste acquis que, pour beaucoup de personnes, c’est un sujet difficilement contrôlable émotionnellement, et difficile à comprendre ou à accepter pour le grand public. Nous avons grand intérêt à mieux nous former sur ce sujet.

à télécharger: Tentatives de suicide et pensées suicidaires en France en 2010. Numéro thématique. Suicide et tentatives de suicide : état des lieux en France par l’institut de veille sanitaire

 

photo : Daniel Zedda Melancholia pt2  Prise le 17 juin 2013 Certains droits réservés

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Une réflexion au sujet de « Comprendre la volonté de suicide chez personnes accompagnées : 4 fausses idées… »

  1. Très bon article sur un sujet peu évoqué. Les sapeurs pompiers et équipes Samu sont également impactés par un suicide « en direct ». Un formation est prévue pour eux. Un module d’une journée. Prochainement dans notre lettre d’info, un article. Pour vous inscrire
    http://gesivi.fr/Articles

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