Reconnaître et valoriser le travail social : une première analyse des propositions du rapport sur l’avenir du travail social en France

Manuel Valls a officiellement reçu hier le rapport issue de la mission de concertation piloté par la députée Brigitte Bourguigon qui traite de l’avenir du travail social dans son ensemble. Ce rapport a été aussitôt mis en ligne. Il décline 23 propositions dont certaines, techniques, visent à répondre à des constat partagés par l’ensemble des acteurs du secteur et notamment les travailleurs sociaux premiers concernés par ces évolutions. regardons d’un peu plus prés les principales préconisations… 

Le rapport complet et un rappel des proposition est à télécharger en cliquant sur ce lien 

Le rapport précise bien les objectifs fixés. Il s’agit de 1.répondre aux besoins des personnes et des groupes aux caractéristiques nouvelles de fragilité sociale sur les territoires ; 2. revaloriser le travail social confronté à un déficit d’image et d’attractivité ; 3. faire face à l’usure professionnelle et au découragement des professionnels ; 4 décloisonner le système des formations sociales en l’inscrivant pleinement dans l’espace européen de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur.

Au final, le périmètre de cette concertation  s’est révélé être beaucoup plus large que celles portées par les thématiques issues des Etats Généraux du travail social.

La première partie fait état du constat partagé des profondes mutations économiques, sociales et sociétales  en cours et de leurs impacts sur l’action sociale. C’est selon les rapporteurs ce qui justifie de réinterroger les formations et les pratiques de travail social. Ces constats ont déjà été posés par le passé : Perte de sens, place trop importante des dispositifs et procédures administratives, intensification des tâches dûes à la « massification des problèmes économiques et sociaux et l’hétérogénéité croissante des publics », risques de souffrance au travail des professionnels, « les travailleurs sociaux se sentent sommés d’intervenir sur les conséquences des situations de précarité, voire d’exclusion, sans véritablement disposer des moyens d’agir sur les causes (de l’emploi, du logement…) ».

Il y a aussi ce sur quoi nous sommes d’accord, notamment sur les finalités du travail social et de l’intervention sociale qui consiste à  « favoriser l’autonomie des personnes et des groupes, faciliter l’accès au droit, contribuer à mobiliser les ressources, engager une posture dynamique de développement des liens sociaux, intervenir quand les difficultés des individus surviennent mais aussi les prévenir pour ne pas avoir seulement à les réparer ». La question  de l’éthique professionnelle est aussi posée. cette partie se termine avec la proposition d‘inscrire la définition du travail social proposée par l’International Association of Schools of Social Work dans le Code de l’action sociale et des familles.  On ne peut que s’en féliciter car cela consolide de façon durable nos missions et fonctions qui parfois sont détournées…

Rapidement la 2ème propositions s’adresse à nos dirigeants il consiste  à adresser un message de politique générale par le Gouvernement en direction des travailleurs sociaux afin de redonner du sens au travail social dans notre pays. Un peu ce qu’avait fait avec une grande clairvoyance, Nicole Questiaux en 1982. Bien avant l’apparition de certaines désillusions.

Il n’est pas possible ici de décliner ici les 23 propositions : il est important que vous en preniez vous même connaissance mais en lisant le rapport. En effet, sorties du contexte et des constats, certaines d’entres elle centrés notamment sur la formation  sont en réponses à des problèmes qui nécessitent d’être explicités.

Le cœur de ce rapport porte sur l’évolution de nos professions. Même si certains objectifs  restent nommés, la 2ème partie du rapport pose une question essentielle «  Faut-il modifier la structure des formations sociales actuelles dans la perspective d’un accompagnement de qualité des publics? » Posée comme cela la réponse semble évidente. (On imagine mal qu’elle soit posée pour un accompagnement qui ne soit pas de qualité). Mais rappelons toutefois que le rôle des travailleurs sociaux ne se limite pas à l’accompagnement. Par exemple l’accès aux droits reste essentiel et il est possible de le mettre en oeuvre sans s’engager dans un accompagnement.

Une analyse est posée sur ce qui a tant mobilisé les travailleurs sociaux avec les associations professionnelles, des syndicats  et collectifs qui ont en majorité vivement contesté les propositions « radicales » de la Commission Paritaire Consultative visant à mettre en place un seul diplôme par niveau de formation. Le rapport prend clairement position contre cette option sans désavouer la CPC sur les objectifs initiaux de ce projet «  la mission constate que les professionnels ne sont pas prêts culturellement à adhérer à la proposition de la CPC telle qu’elle a été formulée dans son rapport de décembre 2014 du fait de sa radicalité mais que les objectifs poursuivis par cette proposition semblent répondre à un réel besoin d’évolution des métiers qui mérite d’être objectivé »  Considérer que les professionnels ne sont pas prêts laisserait supposer que cet objectif n’est pas abandonné et pourrait resurgir dans un avenir plus lointain. Par ailleurs considérer que  les travailleur sociaux ne seraient pas prêt « culturellement »à cette évolution est un raccourci surprenant. Il ne s’agit pas simplement de culture, Les travailleurs sociaux mais aussi des historiens et des universitaires, chercheurs en sciences sociale et non des moindres ont avancé des arguments techniques éthiques et politiques portés par du sens et la connaissance fine des réalités et des besoins du terrain. Rappelons aussi que les personnes aidées elles mêmes lorsqu’elles ont interrogées ne souhaitent pas cette évolution. Il ne s’agit donc pas que d’un simple positionnement « culturel » loin de là.

Il est aussi  précisé que » La mission regrette que les constats posés dans le cadre des Etats généraux du travail social (EGTS) fassent un raccourci rapide entre la nécessité de réformer les diplômes et une supposée défaillance des formations et des pratiques. »  (entièrement d’accord effectivement ! )

La mission se prononce clairement sur « la conservation des diplômes d’Etat tout en adaptant (à la marge) les référentiels en conséquence de la création du socle commun (cf. proposition n° 4) » mais aussi la construction d’un socle commun de connaissances et de compétences (à distinguer d’un tronc commun) rattaché à chaque niveau de qualification avec l’introduction de modules optionnels de spécialisation approfondie en fin d’études.

La proposition du tronc commun respecte ce qui est nommé des »invariants fondamentaux », qui font consensus avec
1- Le caractère générique des diplômes : un diplôme permet d’exercer dans tous les secteurs d’activité concernés par les compétences qu’il atteste.
2- Le caractère national des diplômes : les diplômes d’Etat sont construits sur la base de référentiels professionnels, de certification et de formation élaborés au niveau national.
3- Le caractère professionnel des diplômes, ce qui induit la valorisation du niveau de qualification par l’enregistrement au RNCP et un objectif d’insertion dans l’emploi.
4- L’alternance intégrative comme modalité d’acquisition des compétences et notamment la préservation des stages dits « longs » dans le cadre réglementaire en vigueur

L’essentiel est  préservé.  Le tronc commun  pour ma part me parait être une bonne chose dès lors qu’il n’empêche pas la constitution d’une identité professionnelle portée par des approches spécifiques liées à l’histoire mais aussi les publics et techniques de travail. Ce qui semble tout à fait possible si la proposition faite n’est pas ensuite dénaturée dans le plan d’action qui viendra ultérieurement

En toute logique le rapport recommande que l’acquisition des compétences du socle commun identitaire se fasse dans le cadre d’un enseignement commun (tronc commun) à toutes les filières de même niveau. A ce titre « Concernant les niveaux III, et après avoir entendu les professionnels, les formateurs, les étudiants comme les employeurs, la mission préconise d’identifier un socle commun identitaire dimensionné autour de 30% de la durée des enseignements« . Ce qui me semble personnellement possible sans grande difficulté.

Il est vrai que je ne peux aussi qu’être en accord avec les propositions avancées par l’ANAS et que j’avais porté avec sa présidente Anne Brigitte Cosson  sur des contenus de formation au titre d’un « socle commun identitaire » pour l’ensemble des travailleurs sociaux : nous sommes tous concernés par ces points qui sont précisés dans le rapport  (« Témoin du consensus obtenu autour de la notion de socle commun, l’Association nationale des assistants de service sociale (ANAS) avance des propositions de contenu, auxquelles la mission souscrit, autour des valeurs républicaines dans la pratique du travail social, de la connaissance et la maîtrise des technologies de l’information et de la communication, de l’éthique et la déontologie et de la gestion de la violence et des tensions »).

L’ensemble de ces propositions permet de poursuivre les travaux visant à la reconnaissance du grade de licence aux formations de niveau III (  il va bien falloir un jour y arriver… )

Constatons également que plusieurs propositions des associations professionnelles auditionnées ont été reprises et intégrées dans ce rapport. Ainsi la situation particulière des éducateurs jeunes enfants et celles des conseillères en économie sociale et familiale, la médiation sociale et familiale font d’objet de paragraphes spécifiques qui posent les problématiques de formation auxquelles elles sont spécifiquement confrontées.

 Il y aurait beaucoup d’autres points à analyser et à résumer dans ce rapport qui marque une étape importante dans le processus d’évolution des formations de nos professions et métiers. L’objectif de cet article est de vous en faire partager l’essentiel et de continuer le débat de façon démocratique c’est à dire porté par des arguments politiques, techniques et professionnels dans le respect des places et fonctions de chacun.. Nous ne sommes pas au bout du processus qui semble avec ce rapport repositionné sur des éléments essentiels défendus par sans doute une majorité de travailleurs sociaux. Mais comme tout rapport, la mise en action peut être dénaturée ou transformée par des logiques et des intérêts en oeuvre notamment économiques dont il n’est pas fait état dans ce travail. Ce rapport, assez remarquable, peut apaiser et rassurer  les travailleurs sociaux sans pour autant les rendre moins vigilants.  En tout cas je ne peux que vous inviter à continuer la réflexion et le débat tout en maintenant cette vigilance active qui reste nécessaire et essentielle.

PS : je n’ai pas fait état aussi de toute la dimension du travail social collectif qui est nettement mis en avant dans ce rapport, ce sera un futur article spécifiquement entré sur ce sujet…

photo issue du communiqué des services du premier ministre… 

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s