Réussir ensemble ! le « travail social » de Claude Onesta entraineur de l’équipe de France championne du monde de handball

L’entraineur de l’équipe de France championne du monde de handball développe des idées que ne renieraient pas les travailleurs sociaux. Invité par mon employeur  pour parler du management d’équipes de professionnels, celui qui « manage » l’équipe nationale de hand’ surnommée les « experts » est un fervent défenseur des valeurs du lien social et de l’esprit d’entraide…Quelques notes prises sur le vif de son intervention pourront vous apporter quelques clés de la réussite du travail en équipe. En effet, comment avoir ce petit plus qui fait que, dans une compétition de très haut niveau, quand les adversaires sont d’une adresse et d’un force comparable, votre équipe gagnera plusieurs années de suite ? Car dit-il, certes c’est formidable de gagner une coupe du monde, Cela arrive à un moment ou à un autre pour chaque nation lorsqu’elle a des joueurs de grande valeur, mais pour en gagner plusieurs de suite, il faut pouvoir faire avec  une alchimie particulière afin que le groupe tienne dans la durée et que les individualités ne prennent pas le pas sur le collectif.

En travail social, il ne s’agit pas de « gagner » une compétition, nous sommes plutôt dans une « course de fond » qui s’inscrit dans la durée. Alors y a t il une ou plusieurs recettes pour qu’une équipe tienne dans la durée et soit toujours aussi efficace au fil du temps en évitant que les individualités l’emportent sur le groupe ?

La première recette pour Claude Onesta est de rester quoi qu’il arrive, inscrit dans le champ de la bienveillance : « La bienveillance serait ringard ». Or pas du tout, nous dit-il. La bienveillance  c’est le projet de bien vivre ensemble. Il s’agit de veiller au bien être de l’autre. Son hypothèse devenue pour lui une certitude est  que « bien vivre-ensemble » fait « gagner ensemble ». En conséquence, il plaide pour que la bienveillance soit un modèle à déployer.

Ce modèle s’oppose à celui de l’obéissance par l’autorité qui fait aussi bien usage de la carotte que du bâton! On ne peut  tenir  dans la durée avec cette méthode. « Dans la durée cela ne vaut même pas le coup…  » Dès lors que l’on est sur ce mode, votre interlocuteur « fait semblant » avec vous pour  gérer au mieux ce système qui alterne récompense et punition…

A coté de cela Claude Onesta nous rappelle que « tout va tellement vite ». Nous sommes  emportés par le numérique qui nous envahit et qui envahit notre quotidien. les gens ne prennent pas la mesure du problème ni de la question de la temporalité. Finalement à force d’agir sans cesse dans l’immédiateté nous conduit à  « faire semblant de vivre » .

Est on aujourd’hui encore capable de prendre connaissance de la personne ?  Plus celles ci se sentent en insécurité plus elles réagissent. Investir dans le bien être ensemble est basé sur un mode relationnel où l’on prend son temps pour connaitre l’autre et ses ressorts. Certes,  certains ont plus de capacité a s’opposer qu’à s’associer. Mais au final elles peuvent vite comprendre que « faire cavalier seul » est moins intéressant au final que de « faire équipe ».

La 2ème recette de notre entraineur des « experts » passe par son éloge de la proximité. On ne peut agir « de loin » pour obtenir des résultats probants.  S’intéresser  à l’autre dans un échange direct avec elle doit être considéré comme un investissement. Parfois, nous sommes face à des personnes qui « dysfonctionnent ». la proximité, qui veut dire d’accepter de prendre du temps,  permet d’être honnête avec elle, sans faux fuyant. Dans tout système, un individu ne peut ni ne doit mettre en danger un collectif humain qu’il soit sportif, mais aussi de travail (mais le sport c’est aussi un sacré travail…). D’où la nécessité d’être présent.

Un éloge de la gentillesse

Claude Onesta nous a aussi parlé des 3 catégories de personnes qui constituent une équipe : Il y a les « leaders », les « suiveurs », et les « gentils ». Cela peut paraitre un peu simpliste, mais cette façon de voir les choses est assez efficace. Il est nécessaire que les leaders ne se la joue pas perso mais au contraire restent en alliance. Le risque dans le sport est le syndrome de « la grosse tête » ou les « chevilles qui enflent ». Par exemple, dans le monde du football où l’argent valide de façon très importante les compétences, les leaders sont souvent en risque de faire « cavalier seul » et à quitter l’équipe pour gagner encore plus…

Les « suiveurs » comme le nom l’indique, suivent les leaders en leur donnant toujours raison. Ils sont souvent dans une sorte de « soumission » et rêvent un jour de devenir leader même s’ils ne se l’avouent pas.

Et puis il y a les « gentils », moins nombreux, ils sont ceux dont on se moque parfois dans l’équipe bien qu’ils rendent service. Ils sont des créateurs de liens qui s’allient selon le sujet à l’un ou à l’autre. Ils s’intéressent aux autres, ne veulent pas de conflit et cherchent la médiation en permanence. Une équipe sans « gentil » est en danger. C’est le « gentil » qui contribue à la cohésion du groupe et qui souvent propose une voie médiane. Souvent la personne qui fait preuve de cette forme de gentillesse est peu considérée (en tout cas dans le sport).  « Valorisez le gentil » nous dit Claude Onesta car il  permet d’aller contre l’individualisme et la lutte des clans ou des petites confréries…

Le 3ème aspect essentiel est de pouvoir fédérer son équipe avec un projet partagé qui est le bien commun du groupe. Pas un projet qui est construit « verticalement » par des « chefs » qui auraient l’omniscience mais avec l’équipe en s’inscrivant dans une vision  avec des objectifs communs.  Notre entraineur égratigne sérieusement au passage les « managers » qui pour avoir une quelconque autorité agissent comme des contremaitre.  Le contremaitre est facile à reconnaitre : Il vous demande de quantifier votre travail, il veut des statistiques et des chiffres qui rassurent (lui en premier lieu).  Or un responsable d’équipe n’est pas un contremaitre mais est une personne qui, de sa place, a une vision qu’il souhaite partager et qu’il va adapter dans un objectif d’emporter l’adhésion de la totalité de l’équipe. Tout cela avec un objectif clairement affiché : Pour les experts, il s’agit de rester en haut du tableau de la compétition internationale.

Alors quand on est travailleur social, que penser de ces idées qui sont des outils de la performance sportive ? Ceux que Claude Onesta appelle les « gentils » ne sont ils pas en quelque sorte les « travailleurs sociaux » de son équipe ? Ceux qui veulent faire lien, qui ne sont pas inféodés à un tel ou à un tel, qui ont en détestation la violence et les pressions de toute sorte ? C’est une question que je me suis posé. Au final, celui que l’on ne prend pas toujours au sérieux n’est-il pas celui qui permet à tout un chacun de se sentir bien dans son environnement ? Je continue à réfléchir à cette question qui est une hypothèse assez séduisante…

Enfin je ne dirait pas tout du personnage « Claude Onesta » en ces quelques lignes. Il possède aussi l’art de convaincre avec un verbe et un accent qui vous emporte. L’art de a parole et de savoir placer les mots pour vous faire saisir ce qui fait sens, ça aussi, cela doit bien faire partie de l’alchimie qui permet de fédérer une  équipe de si haut niveau.

Et nous, travailleurs sociaux, si nous n’atteignons pas ces sommets, il en est d’autres que nous franchissons au quotidien. Ceux qui nous mettent au défi de rester calmes et sereins. De rester en capacité d’écouter de comprendre, d’agir au sein de nos équipes pour le plus grand bien des personnes que nous accompagnons. ça aussi c’est un sacré challenge. Pensez-y, la valeur de votre travail au quotidien est très certainement plus importante que celle que vous vous donnez. En aidant et en accompagnant parfois dans l’adversité celles et ceux qui sont les plus exclus, vous franchissez vous aussi des sommets.

Merci à Claude Onesta pour ce bon moment passé collectivement avec lui

Photo : Claude Onesta lors de sa conférence à Nantes

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2 réflexions au sujet de « Réussir ensemble ! le « travail social » de Claude Onesta entraineur de l’équipe de France championne du monde de handball »

  1. cet article est vraiment apaisant et tout à fait à propos en cette période de rentrée.
    Chargée d’énergie positive après ces périodes estivales, notre équipe d’assistants sociaux cherche son souffle pour conserver sa sérénité. assurément restons bienveillants, gentils et pas niais, motives mais pas résignés, indignés mais pas colériques. bonne rentrée à chacun et merci de ce blog.

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  2. Article très intéressant et en rupture avec les théories souvent indigestes répandues dans le travail social. En ce qui me concerne le meilleur cadre que j’ai croisé en vingt ans de carrière était entraîneur de rugby ! Des valeurs fortes souvent qualifiées de simplistes par les idéologues du secteur.
    Je permets toutefois de ne pas souscrire à la « gentillesse » du travailleur social que l’on ne retrouve pas plus que dans un autre secteur ! S’agissant de la bienveillance, elle n’est pas non plus la qualité première que l’on retrouve dans le secteur ou alors elle est fortement concurrencée avec le jugement de valeur.

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