Ces statistiques qui nous envahissent…

Nous sommes tous régulièrement confrontés à un exercice particulièrement astreignant : Celui qui consiste à produire des statistiques sur notre activité. Aujourd’hui, ces fameuses “stats’” ont pris une place importante. Critiquées par les uns, considérées comme un mal nécessaire par les autres, elles sont, semble-t-il, devenues au fil du temps  l’outil de mesure du travail social. A ce titre, elles n’ont plus pour seule fonction de mieux connaître les besoins d’une population, elles sont aussi des outils de mesure de la charge de travail du professionnel de terrain et c’est là que le bât blesse. En effet, comment un travailleur social va-t-il prouver qu’il a œuvré comme il se doit  ? La réponse est assez simple : en produisant des données significatives sur la base des critères énoncés par l’employeur.

Ainsi, si l’on calcule la charge de travail par le nombre d’enquêtes produit, le travailleur social devrait démontrer qu’il en rédige un nombre suffisant. N’est-il pas finalement plus simple de signaler une situation à travers un rapport écrit plutôt que de chercher des solutions permettant d’éviter un signalement ? L’éducateur chargé de mesures AEMO proposera des rapports pour des orientations en foyer ou des retours en famille, l’assistant social de secteur alertera plus souvent la cellule d’information préoccupante, le travailleur social chargé de suivis demandera plus fréquemment des mises sous curatelle ou des Mesures d’accompagnement spécialisé etc. etc. Bien sûr, il ne faut pas généraliser, de nombreuses situations justifient de telles mesures. Pour autant, n’existerait-il pas une certaine facilité dans la production d’écrits quantifiables, mesurables, même s’ils ne sont pas tous complètement justifiés ?

Calculer une charge de travail à partir du nombre de demandes financières établies, n’est-ce pas non plus risquer une certaine multiplication de ces demandes ? Est-ce d’ailleurs encore du travail social que de présenter un budget (ressources-charges) qui justifie un secours avec à la clé quatre ou cinq lignes d’un “rapport ” présentant la situation ? L’exercice qui consiste  à indiquer dans un logiciel les rendez-vous et de les compter est aussi un exercice périlleux. N’y a-t-il pas la tentation d’en rajouter un peu, au cas où cela influe sur un découpage de secteur ou les moyens humains alloués à une équipe.

Nos institutions cherchent à tout rationaliser. C’est dans l’air du temps. Or les professionnels, quoi qu’on en dise, ont souvent tendance à “culpabiliser”. Comment alors traduire cette richesse de travail qui nous permet de mesurer là où l’on en est ? Regardons les choses en face. Les travailleurs sociaux font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont et ceux qu’on leur donne. Chaque professionnel doit gérer ses propres limites. Refuser de “ traficoter” des chiffres est un premier acte de responsabilité. Il s’agit d’assumer ce qui a été notre quotidien professionnel.

Il nous faut aujourd’hui être en capacité de rendre compte simplement du travail effectué pendant une année, en alliant chiffres et explications pour donner du sens aux actes professionnels. Ainsi pourra-t-on montrer qu’une dizaine de visites dans une famille a permis d’éviter un signalement, que le fait d’avoir “ pris son temps ” a favorisé la construction d’ une relation de confiance qui finalement à permis de protéger un enfant… Expliquer pourquoi , comment nous travaillons est aujourd’hui un enjeu. En faire l’économie, c’est s’exposer encore une fois à laisser d’autres professionnels que ceux du social décider de la validité ou non du travail tel que nous l’agissons. Rendre compte est une nécessité, encore faut-il que nous le fassions avec cohérence, clarté et transparence. La balle est dans notre camp, profitons-en !

crédit photo Paternité Certains droits réservés par topgold

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s