Comment expliquer la pénurie de stages en service social ?

la pénurie de stages est chaque année un défi particulièrement difficile à relever. Les lieux d’accueil se raréfient même lorsqu’il n’y a plus de frein lié à la gratification. Comment expliquer ce phénomène ?

Les textes officiels ne parlent pas de stages mais « d’alternance intégrative » et pour tout vous dire ce terme me déplaît car il me semble appartenir au langage « techno » de notre époque laissant supposer qu’accueillir un étudiant est une fonction parmi d’autres, ce qui, à mon avis , est loin d’être le cas. Il ne peut traduire la richesse de ce que représente les stages en service social. Mais qu’en est il aujourd’hui de ces fameux stages que les étudiants ont de plus en plus de difficultés à trouver ?

La pénurie de lieux d’accueil pour les étudiants en travail social se pose chaque année. Cet accueil relève très souvent pour les professionnels d’une forme de volontariat qui ne s’improvise pas pour autant. C’est un véritable engagement qui fait appel à une technicité et à une certaine rigueur. Accueillir un stagiaire n’est pas de tout repos et beaucoup de collègues renoncent pour de multiples raisons. Voici quelques arguments qu’elles en disent :

– Les conditions de travail sont d’abord mis en avant : le manque de temps et de disponibilité du professionnel est le 1er argument avancé. Et il est vrai que les temps de rencontres et d’échanges sont quotidiens. Il faut pouvoir et savoir intégrer dans les agendas un des temps formalisés entièrement consacrés à l’étudiant alors que l’intensité et le rythme des rendez vous a augmenté de façon conséquente ces dernières années. L’accueil est alors vécu comme une charge supplémentaire impossible à intégrer…

– L’accueil demande un investissement conséquent qui peut faire reculer les  meilleures volontés . Ce n’est plus la disponibilité qui est mise en avant mais la responsabilité que représente cet accompagnement. Le stagiaire n’est pas là « posé » à observer le professionnel dans l’action. Il doit se mettre en action lui même  et ce mouvement doit prendre sens à travers des objectifs d’acquisition définis: « apprendre à écouter et à bien restituer », « co-construire un plan d’aide, le mener », « analyser toutes les données d’une situation et en tirer des hypothèses à travailler » « savoir construire une relation de confiance » « maîtriser ses émotions et sa façon de communiquer avec autrui » « défendre et présenter une situation lors d’une réunion » « connaitre ses limites et éviter tout jugement » « savoir rédiger de façon adaptée en fonction de la destination de l’écrit. »…. J’en passe car les attentes sont multiples. Tout ce processus mis en oeuvre au quotidien par les professionnels demande une rigueur dans l’observation et l’analyse car il y est autant travaillé   le savoir faire que le savoir être dur futur professionnel

– Les conditions matérielles d’accueil ne sont plus ce qu’elles étaient par le passé : Lorsque par exemple  3 assistantes sociales se partagent un bureau de type « open space » et doivent en permanence gérer la disponibilité de bureaux pour pouvoir recevoir une personne ou une famille, l’accueil d’un stagiaire est un véritable casse tête qui décourage les meilleures volontés. Je connais des lieux de travail où il n’y a aucun espace disponible pour un stagiaire. Il lui faut au minimum un espace dédié pour qu’il puisse tout simplement écrire et travailler. C’est une évidence qui parfois n’est pas prise en considération.

L’absence de gratification dans le secteur associatif déjà fragilisé a fortement contribué à la diminution de l’offre sur le terrain.  Mais cela ne peut être la seule explication. En effet la pénurie existe aussi sur des lieux qui ont mis en place une gratification. On ne peut donc considérer cette difficulté comme unique raison de la désaffection des lieux d’accueil.

– Mais il y a une autre gratification qui manque : celle des professionnel qui accueillent des étudiants. Sauf à considérer que cet accueil est logique et obligatoire en quoi le fait de prendre en charge un étudiant, le former suivre son parcours est gratifiant pour celui qui l’accompagne dans l’apprentissage et la vérification de ses compétences ? Certains services ont mis en place des renforts permettant de compenser le temps passé par les formateurs de terrain mais dans la plupart des lieux cela n’est pas le cas. Bref  accueillir un stagiaire demande plus de travail, oblige à disposer d’un temps conséquent dédié aux échanges, à l’évaluation, à la coordination sans réelles contreparties.  Même si l’on aime son métier et envie de le faire partager, il est nécessaire que ce temps soit reconnu et valorisé. Les « petites mains du travail social » (ce n’est pas péjoratif) en ont assez de ne pas être reconnues et que leur encadrement fasse comme si l’accueil n’était pas un travail supplémentaire.

– Il y a, à mon sens, un autre raison qui n’est pas forcément consciente : Vous le savez, la pensée gestionnaire à envahi les conditions de l’exercice professionnel. Nous ne sommes pas toujours satisfaits de ce l’on nous fait faire et nous n’avons pas envie de donner à voir des mauvaises conditions d’exercice du travail. Cette pensée gestionnaire a eu pour conséquence de morceler les interventions, d’accélérer les processus de décision. Parfois notre façon de travailler qui nous est imposée ne nous convient pas. Nous souhaiterions tant travailler différemment et pouvoir avancer au rythme des personnes. Nous nous plaignons des contraintes mais nous les subissons et les acceptons. Nous n’avons pas envie que cela soit un modèle pour un étudiant. Nous savons au fond de nous que nos pratiques sont perfectibles mais cela demande parfois une telle énergie que certains abandonnent . Là aussi c’est un facteur qui ne donne pas envie d’accueillir un étudiant

Toutes ces raisons ne sont pas des excuses mais une tentative de comprendre pourquoi les propositions d’accueil de stagiaires se raréfient.  pourtant comment ne pas répondre à cette demande des étudiants ?

Nous avons tous été stagiaires lors de nos études. Même si le souvenir est lointain rappelons nous de ces travailleurs sociaux qui nous ont tant apporté. Pour ma part je ne pourrais jamais oublier Marie Jo R. cette  assistante sociale qui m’a tant appris. Dans la discrétion, sans faire de bruit. Elle m’a transmis l’essentiel, ce savoir être, ces savoirs faire, cette rigueur de la méthodo et la bonne distance si difficiles à trouver lorsque on débute ses premiers entretiens. Elle m’a aidé à comprendre la source de mes premiers « jugements » à l’emporte pièce. Elle m’a appris à grandir professionnellement. Sa connaissance du comportement humain et son optimisme face aux  petits et grands drames de la vie  qui  marquent tant les personnes que nous rencontrons m’ont impressionné.  J’ai le sentiment d’avoir une dette vis à vis d’elle mais aussi vis à vis de la profession toute entière : pouvoir transmettre ce qu’elle m’a appris comme si cela constituait une chaîne qui transcende les générations. Il est des savoirs qui ne s’usent pas avec le temps.

Franchement, je ne peux que vous souhaiter d’avoir cette dette là et l’assumer avec fierté en accueillant cette nouvelle génération d’étudiants qui seront les professionnels de demain.

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