4 heures aux urgences… ou la chronique du patient qui patiente…

Et voilà, j’ai fait un malaise au travail à l’issue d’une journée qui avait plutôt bien commencé. Une ambulance est venue me chercher et me voici aux urgences. J’ai pu passer 4 heures là bas principalement à attendre et donc à observer ce qui s’y passe. Est ce partout pareil ? Je crains que ce soit le cas. Il semble  que la gestion informatique et les procédures aient pris le pas sur la relation car il s’agit d’être efficace et de gérer le minimum de risques.

Je suis allongé dans un lit à barreaux qui m’empêche de me lever. Je  suis dans un couloir. 8 lits sont occupés à la file indienne à coté du mien. Les infirmiers peinent à circuler entre les lits qui sont déplacés au rythme des besoins. le brancardier qui m’a amené là vient de m’annoncer environ 2 heures d’attente avant de pouvoir être ausculté par un médecin. Pour une inquiétude cardiaque cela me semble un peu long. Mais bon, ils doivent savoir ce qu’ils font…

Ce qui est impressionnant dans ce va et vient de personnels soignants est leur absence d’attention à l’égard des personnes qui, comme moi, attendent sagement et patiemment que l’on s’intéresse à eux.  Aucun regard, aucune attention particulière. Un groupe de blouses blanches arrive. ils sont 5 ou 6 a deviser gaiement en passant autour des lits. Qui sont ils ? Mystère. Ce sont visiblement des habitués des lieux qui, comme les brancardiers, accordent bien peu d’importances aux corps malades qui sont allongés et placés ci et là au gré d’une organisation assez mystérieuse.
Chacun, avec son problème de santé défaillante, voit son lit déplacé d’un endroit à un autre afin de faire de la place aux autres brancards qui arrivent avec leurs lots de gémissements. Il y a beaucoup de personnes âgées qui sont étrangement calmes tout comme l’ensemble des patients qui sont réduits à tenir leur rôle : faire preuve de patience sans lever la voix. Ce n’est pas la prison certes, mais face à la souffrance du voisin, aux visages émaciés, j’ai vite le sentiment que ceux qui sont à coté ont bien plus besoin de soins que moi. Je tente un sourire envers un compagnon d’infortune, il ne réagit pas, comme s’il ne me voyait pas…
Le groupe de blouse blanche se sépare. « C’est parti » dira l’un d’entre eux sans que l’on sache si c’est pour des soins ou pour la cantine … (il est 19h00)
Mon attention est détournée par un homme qui erre dans le couloir. Sa particularité : il est torse nu, en slip, dernier rempart d’une dignité déjà bien atteinte. Tout le monde semble Indifférent à sa situation, chacun ayant fort à faire avec son propre malheur. Ce Monsieur de 70 à 80 ans a retiré la blouse qui lui a été donnée. finalement il se rallonge sur un lit vacant qui doit être le sien.
Une personne habillée et visiblement sans problème de santé s’approche discrètement de la salle des infirmières. « Excusez moi  » dit-il  » il y a au fond à gauche une dame qui gémit beaucoup et elle appelle à l’aide ». L’aide soignante qui reçoit ce message réagit aussitôt et se précipite, « merci » dit-elle, « nous ne l’avions pas entendu ». Et pour cause, il n’y a pas dans les couloirs de poire pour appeler comme dans une chambre ou une salle de soins. Moi même, pourtant dans le couloir, je ne l’avais pas entendu.
Les lits avancent au rythme des priorités que seuls les professionnels connaissent. Me voici tout à coup face à une infirmière. Je suppose que c’est sa profession à moins qu’elle soit médecin, Je ne pense pas qe ce soit une aide soignante. En tout cas c’est parti pour  la prise de tension et  l’électrocardiogramme. « respirez doucement » m’explique t-elle. Sympathique, elle répond à mes questions. « Vous n’avez pas de chance, ce soir c’est assez chargé et il y a beaucoup de monde » « Mais comment faites vous pour n’oublier personne dans ce mouvement perpétuel d’entrées et de sorties ? » Elle précise : « lorsque nous intervenons nous inscrivons les éléments des actes posés ou des incidents vous concernant avec les heures  dans le logiciel  et ainsi nous savons qui a fait quoi et qui doit intervenir ensuite. Une partie du mystère s’éclaircit. Ainsi tout acte posé de mon arrivée à la sortie est consigné dans une sorte de journal de bord. « Mais on se parle aussi » s’empresse de compléter mon interlocutrice. Lorsque je lui demande si mon électrocardiogramme est normal, elle m’indique que c’est le médecin qui me le dira lorsqu’il passera. Tiens donc, je n’ai pas à faire à un médecin. Quand je lui demande quand il passera, elle lève les yeux au ciel. « ça je ne peux pas vous le dire »… Il est 20 heures. Mon espoir de quitter les lieux rapidement s’évanouit définitivement.
Arrive la prise de sang. Une autre personne tout aussi sympathique et attentionnée. Cette fois ci à n’en pas douter c’est une infirmière. Le geste est précis rapide mais j’apprends au passage que je ne pourrais sortir qu’une fois le rapport d’analyse établi. Aie… il y en  a pour au moins une à 2 heures… Si j’ai bien tout compris, c’est un labo privé installé sur place qui gère les analyses. Cela ne se fait plus en « interne ». Dont acte…  Je tente une négociation en vain « si mon électrocardiogramme est bon, vous pourriez envoyer l’analyse sanguine à mon médecin que j’irais voir demain, ainsi , je pourrais peut être sortir ? cela ferait de la place… » (argument suprême qui pourrait emporter la décision) La réponse est sans équivoque, je ne sortirais qu’après les analyses et la visite du médecin… C’est la procédure.
Je retourne dans le couloir ou du moins mon lit est déplacé dans le couloir afin de libérer la salle d’examen. Il ne me reste plus qu’à tenter de m’assoupir, à rester tranquille dans le ballet des déplacements de lits pour faire de la place. « Faire de la place », c’est semble-t-il le soucis principal des brancardiers qui maîtrisent avec une dextérité assez remarquable les roulettes des lits et autres chariots permettant le transport des malades. Ils tournent à angle droit pour entrer dans les salle.  j’en entends un pester contre l’architecte qui n’a vraiment rien compris aux urgences…
Je croise un Monsieur assez « égaré ». « Faut que je sorte » me dit il, « vous savez par où on sort ici ? » Je lui indique un couloir sur le fond à gauche en lui précisant mes déductions : « il y a beaucoup de personnes qui passent par là, à mon avis cela devrait être bon dans cette direction, car ceux qui y passent ne reviennent pas. Cela devait être bon car effectivement, je ne l’ai plus revu ensuite.
Ce qui ne passe pas par contre c’est le réseau. Impossible d’appeler ma famille, ni d’être appelé.. Pas très pratique. J’aurais voulu rassurer ma compagne mais bon, je ne peux même pas lui dire que tout va bien, (ou presque). Je parviens à me lever pour aller à la recherche de toilettes. Un patient m’indique le chemin. Une seule toilette pour tout le couloir, j’attends mon tour et trouve une fenêtre sur le coté. Chic il y a du réseau, je vais pouvoir prévenir mes proches sans demander rien à personne…. Une idée me traverse l’esprit « Je me demande s’ils seraient capable de me confisquer mon téléphone », « oh non quand même… »
Enfin un peu après 22h00, une personne s’arrête à la hauteur de mon lit. Je pensais que c’était un brancardier car il passait sans arrêt dans le couloir. « Bon, votre électro est bon, la prise de sang n’indique pas de soucis particulier, vous pouvez y aller. Je vous fait un arrêt de travail pour demain et vous irez voir votre médecin traitant ». En 2 minutes, il m’a tout dit cet interne. Je le remercie avec peut être un peu trop d’effusion, Il me regarde bizarrement. Il n’a pas compris que ça y est !  Je suis libéré !
Alors direz vous, en quoi ceci a-t-il à voir avec le travail social ? Et bien je me suis interrogé au cours de ma mésaventure sur la situation des personnes qui sont obligées d’attendre pour obtenir un rendez vous auprès d’un service social et de ce qui se passe lorsqu’elle attendent dans la salle d’attente. Elles doivent, elles aussi,  écouter, observer et commenter nos gestes et doivent être sensibles à nos petites attentions avant et après le rendez vous…  Bref rien que du très ordinaire qui peut faire la différence. Etre en situation de dépendance permet de mieux comprendre celles et ceux qui le sont en permanence. En tout cas cela m’aura fait réfléchir et c’est ce qui me donne aussi l’envie de le partager avec vous… 
 
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