Pourquoi sommes nous accros aux outils numériques ?

Des smartphones en passant par les tablettes et autres écrans interactifs, tous ces outils prennent une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne et favorisent l’apparition de nouveaux comportements. Nos « joujoux » numériques nous rendent dépendants de ce ceux qui les conçoivent et nous n’avons désormais aucune difficulté à leur confier des informations relevant de notre vie privée. Cet article est une reprise d’une conférence donnée à Poitiers en octobre 2001 après le rush de l’arrivée sur le marché des téléphones portables. J’ai réactualisé certains aspects de ce texte  car il me semble toujours d’actualité…

Selon Dominique Vastel (1) certaines ces évolutions sont assez enthousiasmantes. Elles contribuent notamment à alimenter un plaisir centré sur l’individu connecté. Plusieurs aspects sont à prendre en compte avec notamment :

Le plaisir dématérialisé : entre le portable et l’internet, il devient possible de communiquer, de partager, de travailler sans percevoir la présence physique de l’autre. On note des effets de substitution avec certaines consommations matérielles dont on finit par se passer au profit d’un plaisir équivalent voir supérieur obtenu via une consommation  » dans la tête « .

– La possibilité de vivre plusieurs vies en même temps : en réduisant la dualité vie privée / vie professionnelle, ces technologies diminueraient les frustrations et favoriseraient l’épanouissement personnel. Chacun est son propre héro.

– La stimulation émotionnelle vitale et créative : grâce aux technologies, pouvoir faire des choses au moment exact où l’on en ressent l’impulsion pour les concrétiser permet d’optimiser son énergie.

– La vie en désordre fertile, la déstructuration : téléphone mobile, e-mail renforcent la propension à décider dans l’instant de ce que l’on fait, à organiser son agenda en temps réel. Avec cette place plus grande laissée à l’imprévu, les gens se situent désormais dans des logiques de pensée et d’action ouvertes.

– L’hyper-présent : le présent est davantage vécu intensément dans l’instant, la vie est vécue ici et maintenant.

Voilà en résumé des évolutions positives telles qu’elles ont été développées par les adeptes de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Mais…

…Comme tout travailleur social qui se respecte, on ne peut que s’interroger sur la validité de tels propos. Car qu’en est-il de la question du sens ? Certains arguments développés précédemment peuvent tout à fait se traduire par de nouvelles aliénations notamment dans le domaine du travail mais aussi de la relation à l’autre. Ainsi l’utilisation du smartphone dans les entreprises permet d’interpeller les salariés à tout moment. Ils disposent de leurs outils de travail à portée d’un clic ou d’une impulsion tactile. Le gain de productivité est réel, quant à la qualité de la vie…

Du téléphone portable à l’utilisation des tablettes en passant par les cartes à puce, les outils apportent un réel confort d’utilisation notamment pour celles et ceux qui les maîtrisent et peuvent en supporter les coûts. Mais ils interrogent aussi le comportement citoyen et le rapport de la personne aux autres

– Ainsi qu’en est il de la relation au temps ? : L’immédiateté et la disponibilité permanente permise par ces technologies favorise l’acte spontané, souvent émotionnel et impulsif. Et cela fonctionne comme par exemple l’acte d’achat issu du désir immédiat. Tout est à portée de l’index. Qu’en est-il du temps de la réflexion, de la maturation d’un choix, ou encore du désir réfléchi et programmé ?

– La disparition du contact direct localisé : Il n’y a plus besoin de se déplacer ni de prendre le temps d’une rencontre pour traiter une question. Les répondeurs automates permettent de traiter de demandes précises sans contact direct avec un opérateur. Les ASSEDIC, les CAF, les CRAM par exemple informent leurs ayant-droits à travers ces outils sans qu’aucun contact de personne à personne ne soit nécessaire. La perte de lien social par le renforcemement du sentiment d’isolement face à l’administration est particulièrement réactivé notamment pour les personnes qui vivent seules et ont très peu de contact avec les autres.

– La simplification et l’utilitarisme du message : L’écriture informatique est une écriture synthétique où il est question d’aller à l’essentiel. Par exemple la majorité des messages e-mail ( courriers électroniques ) dépassent rarement 3 à 5 lignes. Les forfaits des téléphones portables favorisent des communications courtes et utilitaires où le temps est compté. L’utilisation du fax permet de ne traiter qu’une ou plusieurs questions choisie par l’émetteur sans risque d’en traiter d’autres comme dans le cas d’une communication téléphonique directe.

– L’irruption de la parole privée dans l’espace public : Un exemple significatif : La sonnerie du téléphone portable provoque un intérêt supérieur. L’appelé répond aussitôt en coupant court l’action qu’il a engagé. Il s’installe alors dans une bulle qui lui permet de parler haut et fort en public ( et devant un public) sans tenir compte de l’environnement. Est-ce une évolution des mœurs ou une question d’éducation ?

– Les réseaux sociaux nous contrôlent : Facebook, Twitter, Google + et tant d’autres disposent désormais d’une multitude d’informations nous concernant. Tout est simple avec eux, facilité d’accès, sentiment que notre page est au centre du monde, de notre monde, celui que nous avons choisi. Or nos habitudes et pratiques quotidiennes sont scrutées, analysée et contribuent à créer des « bigdata »

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent d’accroître l’autonomie des personnes. Elles se traduisent par un changement de la relation au savoir notamment dans sa transmission. Elles favorisent le développement d’un travail en réseau sur la base de centres d’intérêts communs sans tenir compte des territoires… Mais de nombreuses questions demeurent : L’utilisation des technologies de communication sont-elles facteurs d’une forme de libération qui rend à l’usager son autonomie et son libre arbitre ? Ne risquent-elles pas de favoriser une forme d’aliénation où le contact direct avec la personne se raréfie tout comme se raréfie le lien social ? La réponse est certainement entre 2 extrêmes. Une utilisation intelligente et mesurée des outils apporte un réel confort. L’absence de maîtrise des outils, s’ils sont subis, ou un excès d’utilisation, peuvent par contre se traduire par une forme d’aliénation et de perte de sens. Les travailleurs sociaux ont donc à rester vigilant et à garder les yeux ouverts face au mythe du « tout communicant ».

(1) Dominique VASTEL Directeur de Cofremca Sociovision COLLOQUE « Action Sociale et Travail en Réseaux » janvier 1999 (2) Audition CSTS M. Meyer et M. Bournez expérience des  » cyber-centre  » ville de Strasbourg avril 1999

Photo : LicencePaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par eric.delcroix auteur du blog :  http://les-zed.com/ 

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