Les « roms » pourront-ils vraiment travailler légalement en France ? (sans tracasseries administratives)

Alors que  Le recours judiciaire des parents de Leonarda Dibrani, en vue d’obtenir un titre de séjour en France, est examiné ce mardi à Besançon, revenons sur la question des Roms en France…

Notre pays accueille sur son territoire environ 15 000 Roms migrants du centre de l’Europe1. Il font l’objet d’une politique de soutien d’intégration et de sédentarisation dans les pays de la Communauté. Cette population, qui fut historiquement victime des pires discriminations2, continue d’être maltraitée et stigmatisée principalement dans leurs pays d’origine où elle n’a actuellement que très peu d’espoir d’une vie meilleure.

Aujourd’hui cette communauté est particulièrement stigmatisée dans notre pays. Les Roms sont considérés comme ne pouvant pas s’intégrer en France et, et malgré leur nombre restreint, il est recommandé leur expulsion ou du moins leur retour dans leur pays d’origine.

J’avais en octobre dernier rédigé une proposition de prise de position de l’ANAS sur ce sujet qui s’est traduit après débats et amendements  par le communiqué  intitulé « Restons professionnels face à l’exclusion de la population ROM ! »  Il me parait utile aujourd’hui de revenir à l’essentiel  car  de multiples confusions sont entretenues :

  • Les Roms sont présentés comme s’ils relevaient de l’immigration clandestine, alors que ce sont des citoyens européens qui disposent de la liberté de circulation.
  • Les Roms ne voudraient pas travailler : jusqu’à présent il ne pouvaient pas travailler de façon simple, légalement en France. Mais les dispositions dérogatoires ont pris fin en ce mois de janvier 3.  Mais encore faut il se poser cette question : qui est prêt à embaucher un Rom et à quel prix ?...
  • Les Roms vivent de façon indigne, c’est le mode de vie qu’ils ont choisi : La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) précise que « Privées de ressources, placées en situation de grande précarité, les populations Roms sont contraintes à vivre dans des bidonvilles ou des squats insalubres. Si l’on peut comprendre les problèmes que ces occupations sauvages peuvent poser aux maires et aux riverains, il convient de rappeler que ces installations constituent des occupations par défaut, conséquence du manque d’hébergements et de logements accessibles aux personnes à très faible revenu et aux blocages administratifs à l’entrée dans les hébergements sociaux . »

« La situation d’errance dans laquelle se retrouvent les familles Roms présentes sur notre territoire constitue la principale entrave dans l’accès au droit commun. Elle ne permet pas le suivi social et sanitaire des populations, elle empêche la poursuite de la scolarité des enfants »4

  • En France, 70% de la population considère que les Roms sont un problème5 mais une courte majorité d’entre eux accepterait qu’ils soient installés dans leur voisinage dans des campements prévus à cet effet (54%). Par ailleurs l’image de cette population est fortement dégradée et systématiquement assimilée à la délinquance.

L’importante médiatisation ces dernier mois de l’exaspération de riverains qui habitent à proximité de cette population ne doit pas faire oublier que tout d’être humain est susceptible de s’intégrer à la condition qu’ils en ait la possibilité et les moyens. Comme tous les citoyens, les Roms ont certes des devoirs mais ils ont aussi des droits. Sans l’accès aux droits fondamentaux (se loger, se nourrir, travailler, éduquer ses enfants et vivre dans la dignité) ils ne pourront respecter leur devoirs et ne vivront d’expédients qui renforceront leur exclusion.

A contre courant de la pensée majoritaire en France, les travailleurs sociaux se doivent de résister à la volonté d’exclure :  Les termes du débat actuel sur la situation des Roms aujourd’hui et peut être demain d’autres populations, appellent à la vigilance démocratique de tous. Un Etat de Droit comme la France doit continuer de se référer aux valeurs fondamentales de la Fraternité, valeur qu’il a lui même édicté comme fondement d’un idéal républicain. Cet idéal est l’un des fondements de l’intervention des travailleurs sociaux. Il doit rester toujours d’actualité quelques que soient les circonstances sociales et économiques du présent.

notes :

1 Roms de nationalité roumaine, bulgare, tchèque, slovaque, hongroise, moldave ou des pays de l’ex Yougoslavie (Serbie, Croatie, Kosovo notamment)

2 les Roms ont été persécutés et assassinés sous le régime nazi, ou ils ont fait l’objet de mesures comme l’internement arbitraire en camps de concentration et les travaux forcés.

3 Le citoyen bulgare, roumain ou croate, qui voulait travailler en France, devait posséder un titre de séjour. S’il souhaitait occuper un emploi salarié,  il devait aussi détenir une autorisation de travail, sauf exceptions sur certain emplois.  Ces dispositions spécifiques doivent disparaître en 2014.

4 Communiqué du 25 septembre 2013 de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme http://www.cncdh.fr/node/949

5 Enquête réalisée en ligne du 13 au 19 août 2013 par l’institut Harris Interactive pour le compte du journal « Valeurs Actuelles » ( hebdomadaire d’opinion très conservatrices) sur un échantillon de1895 personnes considérées comme représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus

crédit photo : photo-libre.fr

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