12 priorités pour la prévention de la maltraitance et de la négligence envers les enfants

Un groupe de 10 « experts » anglais a travaillé sur la façon dont les services sociaux peuvent intervenir avec d’autres services pour identifier et gérer les risques en matière de protection de l’enfance. Il est intéressant de voir ce qu’en disent nos collègues anglo-saxons point par point. Leurs préconisations portent sur le système de protection de l’enfance en Angleterre. La législation est assez différente mais vous pourrez remarquer des points de convergence avec les questions qui traversent la protection de l’enfance en France. Vous pouvez trouver cet article ici. Il est intitulé « 10 talking points on preventing child abuse and neglect ».  Pour ma part j’ai trouvé 12  points de réflexion dans ce texte que j’ai tenté de traduire au mieux.

Le premier point consiste à se rappeler que la définition de la négligence n’est jamais absolue.  Dans sa forme la plus simple, la négligence est  considérée comme le fait que le parent (s) ne fournit pas les bases de soins essentiels dont un enfant ou un jeune a besoin pour grandir et prendre place dans la société.  La nourriture, le logement et « l’attention émotionnelle » et le respect des besoins de l’enfant paraissent évidents. Pour autant, cette définition ne peut jamais être absolue. Elle est différente selon les contextes. David N Jones,  Children and Families Across Borders

De même, c’est une évidence,  la pauvreté n’induit pas nécessairement à la négligenceBeaucoup d’enfants peuvent être élevés dans des familles sûres et aimantes, avoir leurs besoins fondamentaux satisfaits et être sous le seuil de la pauvreté.  Il y a des parents riches – parfois extrêmement riches – qui négligent leurs enfants de manière significative. L’abus et la négligence se produisent dans toutes les strates socio-économiques. Yvalia Febrer, maître de conférences en travail social, Université de Kingston

Le troisième point rappelle que les services sociaux doivent être impliqués lorsque la relation parent-enfant est rompue à tel point que l’enfant est exposé à un préjudice émotionnel et physique important. Dans l’East Sussex, il a été  avons développé la matrice de la négligence . Il donne des présentations d’expériences réelles et vécues qui aident les professionnels et les autres à comprendre quand une intervention est requise. Nicola McGeown, travailleuse sociale principale, conseil du comté d’East Sussex

Le 4ème aspect porte sur la pratique professionnelle : c’est la clé pour les étudiants en travail social.  Apprendre la théorie, est une chose, travailler avec des familles pour comprendre à quoi ressemble la négligence dans différents contextes est essentiel. Par exemple face aux l’abus et l’exploitation sexuelle, il est vital que les personnes en formation apprennent  et prennent conscience de ce qui émerge. Les médias sociaux et Internet , par exemple, ont ajouté de nouvelles dimensions qui doivent être prises en considération. Yvalia Febrer

Le 5ème point consiste à  apprendre à identifier les situations et les comportements abusifs.  Trop souvent, les formations portent  sur les signes et les indicateurs chez l’enfant et nous n’enseignons pas aux travailleurs sociaux comment identifier les comportements et les situations abusifs des adultes. Enseigner aux travailleurs sociaux à identifier le comportement d’adultes dans le réseau de l’enfant, ou les besoins des familles susceptibles d’être manipulées par ceux qui veulent abuser ou exploiter les enfants, puis travailler avec eux pour identifier et gérer ces risques peuvent fournir un soutien plus significatif. Anna Glinski, conseillère en amélioration de la pratique, Centre d’expertise sur l’exploitation sexuelle des enfants

Le 6ème point est un conseil : Évitez les reproches et la honte les critiques et les reproches imprègnent systématiquement le travail de protection de l’enfance, de sorte que les professionnels  ont souvent l’impression de travailler davantage pour gérer le risque d’être critiqués pour ce qui est fait ou n’est pas fait pour un enfant ou une famille, plutôt que de s’attaquer et se centrer sur le danger lui-même. Les critiques et la honte générée sont toxiques pour l’apprentissage et la confiance dans les relations, qui, nous le savons, sont cruciales pour les bonnes pratiques et les résultats. Nicola Boyce, formatrice en pédagogie sociale, St Christopher’s

Le 7 ème point nous indique que la (bonne) collaboration entre services peut avoir plus d’impact encore que la formationLa formation est importante, mais la manière dont les services travaillent ensemble est encore plus important. Les service sociaux sont soumis à des politiques d’austérité qui ont un impact très important, mais il existe encore des marges pour s’améliorer et travailler de manière plus préventive. Si nous écoutons les personnes concernées, elles peuvent nous dire comment nous pouvons mieux faire les choses pour elles et leur environnement. John Brownlow, chef de projet, Together for Childhood , NSPCC

Le 8ème point est un constat : L’approche territoriale permet de connecter les ressourcesAucun d’entre nous n’a de réponse à lui seul. Le système d protection est beaucoup plus efficace lorsque nous travaillons en réseau sur un territoire en reconnaissant que la prévention et la lutte contre les abus sont l’affaire de tous. Travailler et reconnaître les problèmes systématiquement est beaucoup plus utile que les méthodes traditionnelles centrées sur le service ou sur l’organisation. Steve Kay, directeur des services à l’enfance, conseil du North East Lincolnshire

Le 9ème point est une évidence qui n’est pas toujours prise en considération : « Il faut développer des relations professionnelles positives ». Là où il y a de bonnes relations entre les praticiens individuels à travers différents services, il y a une meilleure prise en compte de la situation. Faire appel à des procédures  est une chose, mais cela ne suffit pas. Pour leur donner du sens à la pratique, les intervenants doivent connaître les enjeux de leurs actions, les cadres juridiques, les capacités et les limites des rôles et mission de chacun. Anna Glinski

le 10ème aspect me parait assez discutable  : « Une excellente pratique professionnelle peut aider à surmonter les défis posés par l’austérité « : Les réductions de budget ont eu un impact réel sur les services de prevention – tels que les accueils, les vacances, les centres de jeunesse – qui ont diminué leurs offres par manque de moyens. La difficulté est que le paysage change tout le temps, ce qui explique l’importance de l’excellence dans pratique des travailleurs sociaux et du recours aus secteur bénévole. Lorsque vous pratiquez sous un gouvernement qui finance beaucoup de dispositif , vous n’êtes pas parfois pas inventif  – alors que vous devez être excellent dans ce que vous faites. Il vous faut alors  savoir comment vous adapter et être créatif dans tous les climats. Yvalia Febrer

11ème point : « Renforcer les relations avec les familles » :   Les directives nationales peuvent facilement se déformer dans la pratique. Nous sommes face à un défi constant. Toutes les lois visent à travailler avec les parents, mais soyez prêts à intervenir lorsque cela s’avère impossible et que l’enfant est protégé. Si les responsables des services sociaux ne renforcent pas constamment cette approche «relationnelle», il deviennent de fait plus préoccupés par l’évaluation et la gestion des risques. C’est alors qu’émerge une approche plus « punitive » partagée par tous les intervenants . David N Jones

12ème et dernier point :  Il faut créer un espace sécurisé pour signaler les abus et la négligence.  L’introduction en Angleterre de sanctions légales pour non-signalement [la maltraitance et la négligence des enfants] est susceptible de conduire à de l’anxiété et à des pratiques défensives pour de nombreux professionnels. Cela contribue à perpétuer un cycle disqualification et critique / honte. Il serait plus constructif de changer  la culture du signalement : il est plus facile pour les gens de signaler de façon confidentielle et de créer des moyens de discuter si une information préoccupante doit être signalée. Cela revient à construire du dialogue et des relations de confiance. La confidentialité a un rôle à jouer, mais les jeunes, les familles, plus largement le public et les professionnels sont plus susceptibles de discuter d’une information préoccupante avec quelqu’un qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Dans tous les contextes où les enfants et les familles sont présents, il est essentiel d’avoir quelqu’un qui soit clairement responsable de la sauvegarde de cette confiance. Nicola Boyce

 

 

photo : pexel.com

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